Urgences de Trois-Pistoles et Pohénégamook maintenues : les consultations publiques annulées
Publié le 6 février 2026 à 14:31, modifié le 9 février 2026 à 15:02
Par: Catherine Pellerin
Le Centre intégré de santé et de services sociaux du Bas-Saint-Laurent a annoncé vendredi après-midi via un communiqué que les urgences de Trois-Pistoles et de Pohénégamook seront maintenues.
« Nous avons bien entendu la population des Basques et du Témiscouata. Les réflexions et les discussions sur l’avenir des soins et services de première ligne dans les deux communautés doivent se faire dans les meilleures conditions. Celles-ci ne sont tout simplement pas réunies en ce moment » déclare Jean-Christophe Carvalho, président-directeur général du CISSS du Bas-Saint-Laurent.
Le CISSS assure par ailleurs qu’il poursuivra son travail avec les équipes sur le terrain afin de trouver des solutions durables, notamment pour prévenir d’éventuels bris de services.
« Je veux être clair : les deux urgences restent ouvertes » conclut le PDG, qui a refusé d’accorder des entrevues.
Les consultations publiques prévues à Pohénégamook et à Trois-Pistoles les 17 et 18 février sont par ailleurs annulées.
Réactions prudentes
Cette annonce survient après plus d’un an de mobilisation dans les deux communautés. Manifestations rassemblant des centaines de personnes, église pleine à craquer à Pohénégamook, visites à l’Assemblée nationale, lettres ouvertes, rencontres et points de presse : la pression citoyenne a été constante.
Le maire de Trois-Pistoles, Maurice Vaney, accueille la nouvelle favorablement, tout en appelant à la prudence.
« Après une première réaction très positive, la prudence est de mise. Il n’y a rien de concret à moyen et long terme dans cette annonce-là. »
Même son de cloche du côté du Comité pour le maintien des services médicaux d’urgence 24/7 à Pohénégamook. Son porte-parole, Gilles Pelletier, parle d’une demi-victoire.
« On nous dit simplement que les urgences vont demeurer ouvertes. Pour être rassuré, il faudra que M. Carvalho déclare clairement qu’elles resteront ouvertes 24 heures sur 24, sept jours sur sept. »
Pour les équipes médicales, la confirmation du maintien des urgences est un soulagement immédiat.
« L’urgence va demeurer, la population va pouvoir être soignée. On est heureux », affirme le Dr Pierre-Olivier Dufresne. Celui qui est médecin depuis 11 ans au CLSC de Pohénégamook a tout de même quelques réserves.
« Quand on nous dit que les conditions ne sont pas réunies pour l’instant, ça veut dire que plus tard, peut-être, elles le seront », ajoute Dr Dufresne.
« Je pense que c’est un signe que la mobilisation fonctionne. On peut, d’une certaine façon, se réjouir que le CISSS du Bas-Saint-Laurent se montre plus à l’écoute de ce que la population et les élus revendiquent depuis des mois », affirme pour sa part Guillaume Legault. Le représentant national de l’APTS, voit dans ce recul un changement de stratégie du CISSS.
« Le CISSS semble vouloir prendre un pas de côté par rapport à la stratégie privilégiée jusqu’ici », poursuit M. Legault.
Une médecin de Fortierville témoigne des impacts
La situation demeure néanmoins préoccupante en observant ce qui se passe ailleurs au Québec. La Dre Catherine Allen Demers, médecin à Fortierville — et aujourd’hui de garde à Pohénégamook — peut témoigner des conséquences concrètes des réductions d’heures d’ouverture.
À Fortierville, l’urgence est fermée le soir et la nuit depuis 2019, et aussi les fins de semaine depuis octobre 2024.
« Ce n’est pas bénin ce que ça a comme conséquences, de façon très concrète, au jour le jour sur les patients. Et à partir du moment que tu diminues le nombre d’heures d’ouverture, c’est un jeu de dominos. Ça crée des départs de la part des infirmières, des médecins, et c’est très très difficile de recruter ensuite », affirme-t-elle.
Certains patients doivent parcourir plus d’une heure de route pour obtenir des soins, tandis que d’autres retardent leur consultation, parfois au péril de leur santé.
« On a des gens qui ont eu des infarctus et qui ont attendu le lendemain pour venir au CLSC », raconte-t-elle.
La mobilisation de la population a aussi fait la différence là-bas. L’urgence a pu éviter la fermeture complète et a conservé son statut d’urgence.
Un statu quo fragile
Pour l’instant, c’est donc le statu quo à Pohénégamook et à Trois-Pistoles, même si le CISSS affirmait qu’il était impossible de le maintenir.
L’équipe de la députée-ministre Amélie Dionne a pour sa part confirmé que les rencontres avec les deux comités sont toujours prévues lundi prochain.
« C’est une bonne nouvelle aussi que notre députée-ministre est prête à écouter ce qu’on a dire », estime Maurice Vaney.
La rencontre citoyenne le 11 février à Trois-Pistoles est également maintenue.