Face-à-face mortel lors d’une poursuite policière : Keven Lord-Martin condamné à cinq ans de prison
Publié le 15 juin 2026 à 17:39, modifié le 16 juin 2026 à 08:49
Par: Catherine Pellerin
Plus de 2 ans après avoir causé un face-à-face mortel lors d’une poursuite policière à Saint-Cyprien, le conducteur fautif a reçu sa sentence au palais de justice de Rivière-du-Loup ce lundi. Keven Lord-Martin a été condamné à cinq ans d’emprisonnement pour conduite dangereuse ayant causé la mort.
L’homme de 32 ans a aussi reçu une peine concurrente de deux ans pour avoir tenté de fuir les policiers. Il lui sera également interdit de conduire pendant une période de dix ans après avoir purgé sa peine.
Le drame remonte au 22 avril 2024. Ce jour-là, Keven Lord-Martin s’est enfui de l’hôpital alors qu’une psychiatre souhaitait procéder à son hospitalisation, estimant qu’il représentait un danger grave pour lui-même et pour autrui. Craignant de perdre son permis de conduire, il a quitté les lieux au volant de son véhicule.
Poursuivi par un policier sur la route 293, il a dévié de sa voie avant de percuter de plein fouet le véhicule qui arrivait en sens inverse. Éric Forcier, un père de famille de 59 ans, n’a eu aucune chance.
Le membre du personnel de l’école secondaire de Cabano, était très apprécié dans sa communauté et plusieurs élèves avaient ensuite tenu à lui rendre hommage.
Les troubles mentaux au cœur de la décision
« L’expression être au mauvais endroit au mauvais moment prend tout son sens » avec ce tragique accident. C’est ce qu’a déclaré la juge, avant de lire sa décision de 16 pages.
Luce Kennedy a accordé une importance particulière aux multiples troubles mentaux dont souffre l’accusé depuis son enfance. Elle l’a décrit comme « une bombe à retardement, prête à exploser » et a estimé que ces troubles avaient brouillé son jugement au moment des faits. Des évaluations ont tout de même déterminé que l’homme est en mesure de faire la différence entre le bien et le mal.
Selon elle, « la maladie mentale n’excuse pas le crime, mais l’explique en partie », ce qui constitue un facteur pertinent dans l’évaluation de sa responsabilité morale.
La juge a également soulevé le fait que plusieurs s’interrogent, notamment sur les circonstances ayant permis la fuite de l’accusé de l’hôpital et sur le déroulement de l’intervention policière. Impossible toutefois de pouvoir apporter des réponses.
Des facteurs aggravants et atténuants
La défense avait demandé une peine de quatre ans d’emprisonnement, tandis que la Couronne réclamait huit ans.
« Peu importe la peine qui aurait été rendue, il y aurait eu une déception, parce que ça ne ramènera jamais cette personne-là qu’ils ont perdue tragiquement », a mentionné Me Galbraith.
« À notre sens, la situation est extrêmement triste pour la famille, mais nous sommes d’avis que la juge a rendu la décision qu’elle devait rendre dans les circonstances », a déclaré pour sa part Me Émily Tremblay, avocate de la défense.
Parmi les facteurs aggravants, le tribunal a retenu les conséquences dévastatrices pour la famille de la victime ainsi que le traumatisme vécu par le policier de la Sûreté du Québec qui poursuivait l’accusé et qui a été témoin de la collision. La longue fuite de Keven Lord-Martin a également pesé dans la balance.
À l’inverse, son absence d’antécédents judiciaires, son plaidoyer de culpabilité enregistré en octobre 2025 et l’évaluation faisant état d’un faible risque de récidive ont été considérés comme des circonstances atténuantes.
La juge a aussi précisé que l’accusé n’était pas poursuivi pour homicide involontaire et que cette affaire ne pouvait être comparée à un dossier d’alcool au volant.
Une famille toujours en quête de réponses
Présents au palais de justice, les proches d’Éric Forcier ont été profondément ébranlés par le prononcé de la sentence. Dans une lettre remise à CIMT-TVA, la conjointe de la victime écrit que cette tragédie « aurait pu, aurait dû être évitée », rappelant que l’accusé avait été évalué comme étant dangereux pour lui-même et pour autrui avant sa fuite de l’hôpital.
De son côté, la défense a fait valoir que son client éprouve des remords, même s’il les exprime difficilement en raison de ses problèmes de santé mentale. Keven Lord-Martin avait les yeux fermés ou regardait vers le sol, tout au long du prononcé de la peine.
Lors de ses dernières paroles, la juge s’est adressée aux membres de la famille d’Éric Forcier, disant espérer qu’ils pourront un jour se reconstruire, même si ce sera « extrêmement difficile de tourner la page. »
Impossible de savoir pourquoi, mais la sécurité avait par ailleurs été rehaussée à l’entrée de la salle, avec fouille obligatoire et détecteur de métal.