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Vers la transformation et la commercialisation du phoque sur le continent ?

Publié le 10 décembre 2025 à 14:33, modifié le 11 décembre 2025 à 13:46

Par: Patrick Giguère

Un projet-pilote pourrait être mis en place pour permettre la transformation du phoque en dehors des Îles-de-la-Madeleine. Un consortium d’entreprises et d’acteurs clés de la filière du phoque travaille sur ce dossier depuis plusieurs mois. Le projet vise à stimuler l’innovation et le développement de nouveaux produits issus de la carcasse du phoque.

L’idée est née à la suite d’une étude préliminaire commandée par la MRC de La Haute-Gaspésie en 2024.

« Les pêcheurs nous ont dit que le phoque posait problème. C’est un prédateur, oui, pour l’écosystème naturel, mais sur nos prises, quand le phoque vient manger un tiers ou un quart du flétan directement sur la ligne, cela cause un paquet de problèmes. Donc, on a regardé ce qu’on pouvait faire », indique Yannick Ouellet, chef cuisinier et conseiller en développement économique à la MRC de la Haute-Gaspésie.

Depuis, GÎMXPORT, ÉvoluPêches, Écofaune Boréale et l’Association des Capitaines Propriétaires de la Gaspésie, entre autres, se sont joints au projet.

« Au fil des discussions, on en est venu à la conclusion qu’il y a du potentiel pour la commercialisation des autres produits du phoque : la peau, et particulièrement la graisse », mentionne Gil Thériault, le directeur général de l’Association des chasseurs de phoque Intra-Québec.

Au Québec, le seul abattoir où le dépècement et la transformation de l’espèce sont possibles se trouve à la boucherie Côte-à-Côte, aux Îles-de-la-Madeleine.

Dans le cadre du projet-pilote, c’est le Groupe Adel, de Luceville qui a été choisi. Un partage des connaissances est également prévu.

« Cet endroit-là va permettre de développer l’expertise et les protocoles que les chasseurs doivent suivre pour assurer la qualité des différents produits »,affirme M. Thériault, en soulignant au passage l’importance de l’entreposage et de l’expédition vers les clients.

Si l’initiative va de l’avant, à plus long terme, Gil Thériault aimerait que d’autres centres de valorisation puissent voir le jour en Gaspésie, sur la Côte-Nord ou les Maritimes.

« Les gens qui s’intéressent à la viande et ceux qui s’intéressent à la peau ou à la graisse ne sont pas les mêmes. Il faut donc disposer d’un point de chute, un endroit unique où les chasseurs pourront déposer leurs produits », poursuit M. Thériault.

Même s’il reste beaucoup de travail à faire, il y aurait un réel intérêt à chasser ce prédateur, responsable d’un déséquilibre dans l’écosystème, selon Gil Thériault.

Il mise sur un esprit de partage et de collaboration pour soutenir les communautés côtières et maximiser les retombées socioéconomiques.

« Même s’il y a d’excellents chasseurs en Gaspésie, peut-être même davantage qu’aux Îles-de-la-Madeleine, car nous n’avons pas de gros gibier, chasser le phoque n’est pas du tout comme chasser l’orignal ou le chevreuil. Il faudra quelques années avant que se développe une expertise qui se développe. »

« C’est définitif : ça fait 25 ans que je cuisine la viande de phoque, et la boucherie Côte-à-Côte ne peut pas répondre à la demande », assure M. Ouellet.

Cette démarche, qui se veut évolutive s’échelonnera sur environ 16 mois.

Il ne reste plus qu’à obtenir l’aval du MAPAQ pour plonger officiellement dans le projet.