Urgences menacées : « prendre un pari avec leur vie »
Publié le 26 janvier 2026 à 17:10, modifié le 27 janvier 2026 à 10:52
Par: Catherine Pellerin
Avec les informations fournies la semaine dernière, le CISSS du Bas-Saint-Laurent a attisé la colère de ceux qui défendent les urgences du Transcontinental et des Basques.
Le Dr Maxime Martin de Trois-Pistoles considère que tous les cas critiques sont importants, peu importe leur nombre.
« Ce que je trouve excessivement déplorable, c’est qu’on est rendu à faire des statistiques avec les gens des Basques, des gens qu’on soigne, ce sont des pères de famille, des enfants. Pour nous. Ces gens-là, ils ont des noms et ce ne sont pas des pourcentages », assure le chef de l’urgence de Trois-Pistoles, le Dr Maxime Martin.
Il estime aussi que la décision de rediriger systématiquement les ambulances vers d’autres hôpitaux est dangereuse, notamment en cas d’arrêt cardiaque.
« C’est prendre un pari avec leur vie, dans une situation d’urgence, et retarder leurs traitements de 40 minutes. Je ne suis pas prêt à accepter ça. Pour moi, ça ne fait aucun sens. Il faut aussi s’imaginer tous les patients qui appellent l’ambulance à Trois-Pistoles, ils n’ont pas besoin d’aller à Rivière-du-Loup. Ils reçoivent des soins de proximité et on vient de leur couper complètement ce service-là », considère-t-il.
Voyez l’entrevue intégrale ci-haut.
« Une manœuvre machiavélique pour aboutir à la fermeture »
Un médecin du Témiscouata a aussi dénoncé publiquement le nouveau modèle que souhaite mettre en place le CISSS du Bas-Saint-Laurent.
Le Dr Pierre-Olivier Dufresne a publié sur les réseaux sociaux un texte, qui a été largement partagé. Le médecin, qui travaille depuis 11 ans à l’urgence du CLSC de Pohénégamook, affirme qu’une urgence de proximité est la base du système de soins en région éloignée.
« En région, les services de santé gravitent autour de leur urgence de proximité. C’est l’épine dorsale du système. Quand les soins à domicile échouent, quand le médecin de famille n’est pas disponible, quand une crise survient la nuit, quand les spécialistes ne répondent pas, c’est l’urgence de proximité qui agit comme bouée de secours », déclare-t-il.
« Fermer une urgence de proximité c’est nuire gravement à toute une population, c’est créer un désert médical. L’urgence permet d’attirer des médecins ainsi que de retenir tout le personnel en santé déjà établi. Il n’y a pas de pénurie de personnel dans les urgences de proximité. Cela est en partie dû au fort sentiment d’appartenance de la communauté de soin. Aller de l’avant avec la fermeture de nuit et dévier les ambulances, c’est transformer l’urgence de proximité en clinique externe, un sans rendez-vous ni plus ni moins. »
Selon lui, aller de l’avant avec la fermeture de nuit entraînera un départ des médecins. Il écrit que « dévier les ambulances de l’urgence n’est qu’une manœuvre machiavélique pour aboutir à la fermeture ».
Le Dr Dufresne assure par ailleurs qu’il ne manque pas de personnel et que « le réel objectif est de réduire le déficit budgétaire accumulé sur le dos de la population et des plus vulnérables ».
Il mentionne également les possibles impacts sur les autres hôpitaux de la région.
« C’est quotidiennement 80 personnes qui consultent dans les urgences de Pohénégamook et de Trois-Pistoles. La majorité se rendront à l’urgence de Rivière-du-Loup, qui accuse déjà des délais moyens d’attente de 12 à 16 heures », explique-t-il.
Il interpelle finalement la députée-ministre Amélie Dionne. « Il est temps [qu’elle] sorte de l’ombre pour protéger sa population. Il est temps qu’Amélie Dionne réponde aux lettres, courriels et invitations envoyés pour éviter le pire, soit la fermeture de l’urgence de Pohénégamook et de Trois-Pistoles. »