Travailleurs étrangers temporaires : « le gros bon sens » est ignoré
Publié le 7 août 2025 à 15:57, modifié le 7 août 2025 à 15:57
Par: Louis-Philippe Morin
Pour des entreprises de la Baie-des-Chaleurs qui embauchent des travailleurs étrangers temporaires, les restrictions imposées par Ottawa font plus de mal que de bien. La proportion de postes pouvant être occupés par cette main-d’œuvre a été revue à la baisse. Cette décision a un impact direct et plutôt négatif sur des entreprises de la région. En ce sens, Québec demande à Ottawa de revenir sur sa décision ou alors de permettre aux entreprises à l’extérieur des centres urbains de conserver cette précieuse main-d’œuvre.
À l’automne dernier, Ottawa a annoncé qu’un employeur pourra au plus combler 10 % des postes à bas salaire par des travailleurs étrangers temporaires. Le seuil précédent était de 20 %. Les entreprises doivent désormais se plier à cette règle… Pour les entrepreneurs de la région, la décision n’a tout simplement pas de sens.
« Il va se passer quelque chose un bon moment et probablement qu’il va falloir qu’ils reviennent sur leur décision. C’est ce qu’on espère… Parce que, ça ne fait pas de sens. Le gros bon sens n’est pas là, aucunement! C’est extrêmement frustrant. », peste Alex Mercie, copropriétaire du restaurant Mamz’elle Maria.
Le gouvernement fédéral soutient que la crise de la main-d’œuvre est passée… et que, par conséquent, les entreprises doivent multiplier les efforts pour engager des travailleurs canadiens disponibles… Un raisonnement qui fait sourciller les entrepreneurs…
« C’est de la main-d’œuvre dont on a besoin. On fait des recherches de main-d’œuvre, on affiche… On a beaucoup d’étudiants qui appliquent, sinon des personnes retraitées qui veulent du temps partiel. Mais, des employés à temps plein, ils se font rares. », plaide l’autre copropriétaire du restaurant, Catherine Rouleau-Girard.
L’impact est grand, peu importe la grosseur du commerce. Le cri d’alarme que lancent les entrepreneurs ne semble pas entendu… et si rien ne bouge, quelques-uns parlent de pertes irrécupérables.
« Un moment donné, ça va peut-être être même… Qu’est-ce qu’on fait si on n’a pas assez de personnes en cuisine? (…) Est-ce qu’un jour est-ce qu’il va falloir fermer des lundis et mardis parce qu’on n’y arrive pas? On espère que non parce que ce n’est pas ça notre objectif. », ajoute la restauratrice.
Certains réussissent à contourner la règle du 10%… Profitant de failles dans la loi. Mais ils ne sont pas légion. Chez Ford New Richmond, on emploie quatre mécaniciens philippins… alors que, selon la nouvelle législation, il ne devrait y en avoir qu’un seul…
« En gros, nous on va utiliser le portefeuille de compagnies qu’on utilise pour payer nos affaires… On a quatre compagnies et donc on va pouvoir en mettre un par compagnie. », explique René Leblanc, propriétaire de Ford New Richmond.
Québec demande à Ottawa de ne pas faire du mur à mur… et d’épargner les régions. Le cabinet du ministre de l’Immigration écrit qu’il faut « … un maintien du niveau de travailleurs étrangers temporaires dans certaines régions (…) C’est pourquoi nous demandons au gouvernement fédéral de concentrer ses efforts de réduction dans les régions de Montréal et à Laval ».
Pour la suite, des entrepreneurs annonceront à certains employés qu’ils devront malheureusement retourner dans leur pays… sauf si Ottawa change les règles.
« C’est vraiment difficile à annoncer. On n’a pas le choix, ce sont des choses et des circonstances qui sont hors de notre contrôle à nous. Ils savent que c’est complexe, ils savent que c’est long… Que c’est précaire aussi. C’est tout le temps injustifié… Mais c’est beaucoup trop sévère et trop complexe pour que ce que ça devrait être. », termine Alex Mercier, visiblement découragé.