Gaspésie : L’itinérance cachée, le visage de la crise du logement
Publié le 4 mars 2026 à 16:42, modifié le 5 mars 2026 à 08:09
Par: Pierre-Marie Nicolas
La crise du logement se fait sentir en Gaspésie. Alors que les taux d’inoccupation demeurent extrêmement bas, l’itinérance cachée gagne du terrain dans la région.
Dans plusieurs municipalités de la région, il est désormais pratiquement impossible de trouver un logement disponible. Cette pénurie extrême ne se traduit pas seulement par des déménagements reportés, mais par une précarité qui s’installe au cœur de la communauté.
« Au départ, j’avais à peu près un itinérant par mois. Maintenant, je peux avoir jusqu’à cinq, parfois six personnes hébergées qui n’ont pas de logement. » — Dominique Bouchard, Directrice générale du Centre Accalmie de Pointe-à-la-Croix.
Faute d’options abordables, de nombreux citoyens multiplient les solutions de fortune : quelques nuits chez des proches, une chambre louée pour dépanner ou, dans le pire des cas, la voiture.
L’itinérance cachée est une spirale. On commence par le couch surfing chez des amis, on change d’endroit, puis les ressources s’épuisent. « À un moment, ils n’y arrivent plus, ils touchent le fond du baril », explique la directrice du Centre Accalmie.
L’isolement social et l’explosion du coût de la vie compliquent davantage le retour à la stabilité. Sylvain Nadeau, directeur des services de santé mentale, dépendances, itinérances et services psychosociaux au CISSS de la Gaspésie, souligne que les personnes isolées manquent souvent d’outils pour surmonter ces difficultés financières, alors que les prix des loyers ne cessent de grimper.
À cette pression s’ajoute l’impact du tourisme : la conversion de logements en locations à court terme retire des unités essentielles du marché locatif. Comme le mentionne Éric Edstrom, chargé des affaires publiques et médiatiques au réseau SOLIDARITÉ itinérance du Québec, la situation est complexe et nécessite des logements capables d’accommoder les gens à un coût raisonnable.
Cette précarité pousse des aînés et des gens vulnérables vers des situations extrêmes, parfois fatales.
« Quand je vois une personne de plus de 60 ans qui dort dans son char en janvier, ça me déchire le cœur. Certains passent à l’acte parce qu’ils ne voient plus de solution. Ce n’est pas un beau portrait, malheureusement. » — Dominique Bouchard
La Gaspésie comptait officiellement 101 itinérants en 2024. Le dernier dénombrement n’a pas encore été rendu public.