F.F. Soucy de Rivière-du-Loup en faillite, fermeture définitive de l’usine
Publié le 23 décembre 2025 à 10:43, modifié le 23 décembre 2025 à 20:46
Par: Charles Boisvert
Après plusieurs mois de fermeture, l’usine F.F. Soucy est en faillite. C’est la fin des opérations à Rivière-du-Loup après 62 ans d’histoire. 175 travailleurs perdent leur emploi. Un dur coup pour l’économie de la région.
Le syndicat a été informé de la situation ce matin au cours d’une rencontre avec la direction. Tous les travailleurs ont reçu une lettre par courriel qui confirme la fermeture permanente de l’usine de papier journal. L’entreprise a déposé une cession de biens en vertu de la Loi sur la faillite et l’insolvabilité.
« On ne s’attendait pas à ça. Oui, on savait qu’ils étaient en difficulté, mais encore là, j’ai travaillé là 34 ans et ils ont tout le temps été en difficulté », indique Serge Beaulieu, président de l’association des retraités syndiqués du papier de Rivière-du-Loup.
Selon Emmanuel Phaneuf, syndic pour Raymond Chabot, la dette de la division Rivière-du-Loup de Papiers White Birch s’élève à 94 millions de dollars.
La réouverture de la papetière était prévue dans la semaine du 5 janvier. L’usine de Rivière-du-Loup est en arrêt de production depuis le 28 juillet dernier. Mais dans les dernières semaines, plusieurs de ces employés ont déjà quitté. Selon nos informations, six ont démissionné ou pris leur retraite seulement vendredi dernier. Jusqu’à 700 emplois indirects seront touchés.
« Tout ce qu’on peut souhaiter et faire, c’est essayer de trouver une autre vocation à cette usine le plus rapidement possible pour garder ces emplois-là dans la région », mentionne le représentant national du syndicat Unifor, Marco Allard.
Des discussions étaient en cours depuis avec le gouvernement du Québec pour obtenir du financement dans un plan de relance. White Birch demandait plusieurs millions de dollars. Une étude de marché avait été lancée à l’automne pour trouver une nouvelle vocation à l’usine de papier journal. Un produit dont la demande mondiale est en chute libre depuis une trentaine d’années. La direction affirme dans la lettre qu’aucune option ne permet d’assurer une exploitation viable à long terme.
Des sous-traitants n’ont pas été payés depuis plusieurs mois. Les fonds de pension seront également amputés.
Un programme d’aide est disponible pour les employés. C’est la firme Raymond Chabot qui a été mandaté comme syndic.
Le directeur général Steve Michaud écrit dans la lettre: « Nous souhaitons vous dire ceci, très sincèrement : ce que vous avez bâti à F.F. Soucy est réel. Notre contribution à l’histoire industrielle de Rivière-du-Loup est indéniable et durable. Vous pouvez être fiers du travail que vous avez accompli, souvent dans des conditions exigeantes, avec professionnalisme et engagement. Nous vous remercions pour votre travail, votre rigueur et votre dévouement. Sachez que vous demeurez au cœur de nos préoccupations tout au long de cette transition difficile. »
Réactions
La Ville de Rivière-du-Loup a réagi via une déclaration envoyée aux médias.
« Le maire de Rivière-du-Loup déplore que l’annonce soit ainsi faite un 23 décembre à quelques heures du réveillon… et incidemment juste avant que tous ne tombent en congé, médias y compris. Ça dénote un manque de considération et de respect envers les générations de travailleurs qui ont contribué au succès de l’entreprise pendant des décennies, lors des belles années du papier.
Il a une pensée profonde et sincère envers tous ceux et celles qui perdent leur emploi aujourd’hui. C’est une triste journée pour Rivière-du-Loup et encore plus pour ces travailleurs.
Au cours des derniers mois, lors des arrêts de travail, il a rappelé à la direction de l’usine que la Ville de Rivière-du-Loup était là si elle avait besoin d’appui dans ses démarches, notamment auprès du gouvernement.
Au retour des Fêtes, les intervenants des milieux économique et politique devront assurément s’asseoir ensemble pour discuter de la suite. » -Ville de Rivière-du-Loup
La députée-ministre Amélie Dionne a également réagi en après-midi.
« Notre gouvernement s’est impliqué comme il le pouvait. Jusqu’à tout récemment, nous avions financé une étude de faisabilité afin d’évaluer la possibilité d’une conversion et ainsi assurer la pérennité de l’usine.
Malgré tous les efforts soutenus visant à réorienter et transformer les activités de l’usine, l’industrie du papier journal connaît un déclin structurel marqué. En 2025, la demande a diminué de 16 %, et les usines nord-américaines fonctionnent en moyenne à un peu plus de 80 % de leur capacité, ce qui exerce une pression significative sur les marges.
J’ai une pensée toute particulière pour les employés, les retraités et leurs familles, ainsi que les fournisseurs de l’usine qui doivent traverser cette épreuve difficile en pleine période des Fêtes. » -Amélie Dionne, députée-ministre de Rivière-du-Loup–Témiscouata–Les Basques
Papiers White Birch est la propriété de Peter Brant, un Américain dont la fortune personnelle est estimée à près de 1 milliard $ US. La papetière possède trois usines à Québec, Gatineau et Rivière-du-Loup.
Voyez le reportage complet ci-dessus.