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Pêche au homard: le crustacé plus timide en ce début de saison

Publié le 6 mai 2026 à 14:38, modifié le 6 mai 2026 à 15:43

Par: Patrick Giguère

Les récoltes de homard sont inégales depuis les premiers débarquements lundi. L’eau plus froide cette année pourrait être un facteur.

Un épais brouillard accueillait les homardiers à leur retour au quai de Saint-Godefroi mercredi matin.  En ce début de saison, les pêcheurs naviguent eux aussi « dans la brume », avec des débarquements en dents de scie.

« Ça va correct, c’est trois jours, c’est sûr que ce n’est pas un grand échantillon. La première journée était vraiment bonne, hier et aujourd’hui c’était moins fort mais c’est bon quand même », indique le capitaine et propriétaire du Mara Bleu, Luc-José Huard.

L’équipage du bateau estime avoir récolté mille livres de moins pour ces deux dernières journées par rapport à la même période l’an dernier.

« C’est encore tôt dans la saison, on a encore de l’espoir», indique avec un sourire Alex Haché, qui fait office d’homme de pont.

Les prises varient d’un jour à l’autre, mais les homardiers gardent le cap.

Ils espèrent que l’eau se réchauffe rapidement, pour que la ressource se dégourdisse dans les prochaines semaines.

« Il fait peut-être trois ou quatre degrés de plus froid au fond de la mer, ce qui ralentit les mouvements du poisson. Ça fait la même chose pour le crabe des neiges », raconte Jeffrey Gauthier, capitaine et propriétaire de La Belle et l’anglais.

À la poissonnerie de Saint-Godefroi, le début de saison plus tardif et les prises moins abondantes exercent une pression importante sur l’approvisionnement.

« Il y a beaucoup de monde pour arriver à faire leurs commandes, tu n’as pas le choix d’aller à l’extérieur. Tu n’as pas le choix d’acheter du homard qui vient soit de l’Île-du-Prince-Édouard ou de Terre-Neuve. Moi, j’ai attendu le homard gaspésien, c’est mon choix à moi, mais il y a certaines commandes que je sais que je ne pourrai pas compléter », mentionne Janick Aubut, la propriétaire.

« On a grandi avec ça, mais pour beaucoup de monde, c’est un luxe. Avec les temps qu’il fait, peut-être qu’au lieu de se payer deux ou trois lunchs par année, les gens vont s’en payer juste un ou deux. Il faut s’attendre à ça », laisse planer M. Gauthier.

Depuis 2022, le ministère des Pêches et des Océans a fermé la pêche commerciale du hareng et du maquereau afin de régénérer les deux espèces.

Ce sont des appâts essentiels pour la pêche au homard.

Pour Jeffrey Gauthier, il s’agit d’un problème important, alors que le prix de vente a explosé de près de 40 %.

« On a arrêté la pêche pour le laisser grandir. Il va migrer aux États-Unis l’hiver, c’est normal. Mais ils pêchent le poisson pour nous le revendre. Ce n’est pas logique… »

« L’appât, maintenant, ça nous coûte 800 dollars par jour, juste en appât. Tu rajoutes le diesel, il y en a pour 200 à 300 dollars. Tu es déjà à mille dollars, à part tes hommes de pont. Beaucoup de dépenses », énumère M. Huard.

Les experts s’attendent à une bonne saison.

Reste à savoir quel sera le prix au débarquement.

« On espère tous une augmentation pour essayer de compenser, mais c’est un peu hors de notre contrôle », laisse tomber Luc-José Huard.

La saison de pêche dure 68 jours et se terminera au début du mois de juillet… Comme le Canadien qui passe à la seconde ronde, rien n’est encore joué.