Fin de l’échantillonnage des rivières: des organismes s’inquiètent pour la qualité de l’eau
Publié le 2 avril 2026 à 15:03, modifié le 2 avril 2026 à 15:03
Par: Patrick Giguère
Le gouvernement du Québec met fin à l’échantillonnage de la qualité de l’eau dans les rivières gaspésiennes. Aucune raison officielle n’a été fournie, mais des compressions budgétaires pourraient expliquer cette décision, selon des organismes de bassin versant.
C’est mardi que les organismes de bassin versant de la région ont été informés que les stations d’échantillonnage qu’ils effectuaient durant la saison estivale étaient mises sur pause pour une période indéterminée.
« Les raisons derrière cette décision demeurent inconnues, mais il est clair, selon nous, qu’elle est probablement liée aux compressions et à l’austérité budgétaire du gouvernement du Québec », indique Julie Leblanc, directrice générale du Conseil de l’eau Gaspésie-Sud.
Les tests d’échantillonnage étaient réalisés une fois par mois, d’avril à novembre. Dans la région, plusieurs cours d’eau étaient analysés, notamment les rivières York, Saint-Jean, Bonaventure, Petit-Pabos, Petite-Cascapédia et Matapédia.
« Ces données nous servent, en fin de compte, à comparer les rivières entre elles. Elles permettent de voir les différences entre les cours d’eau, ainsi que les anomalies au fil du temps. Lorsqu’on ne dispose pas de ces données, cela nous empêche de prendre de bonnes décisions en matière de gestion », ajoute Mme Leblanc.
« S’il y a un changement dans l’environnement et qu’on ne le monitore pas, la qualité de l’eau, on ne pourra pas percevoir ce changement. Quand on va s’en apercevoir, il va peut-être y avoir eu des impacts plus grands. Jusqu’à présent, en Gaspésie, on est chanceux : on a des rivières avec une bonne qualité » , fait savoir Yves Briand, codirecteur du Conseil de l’eau du nord de la Gaspésie.
Le codirecteur du conseil de l’eau du côté nord de la Gaspésie cite comme exemple un changement dans l’habitat du saumon ou la présence de coliformes fécaux, qui peut avoir des impacts nocifs pour les humains lors de la, qui ne pourront plus être détectés rapidement.
« Nos rivières à saumon sont de bonne qualité, on le sait, mais si on arrête de les mesurer, on ne peut pas savoir si ce genre de problème se manifeste. Dans un contexte de changements climatiques, il n’est pas impossible que des problématiques apparaissent subtilement. »
Le Réseau-rivières est sous la responsabilité du ministère de l’Environnement.
L’année dernière, la période d’échantillonnage avait été écourtée, le nombre de rivière réduit, coupes dans les heures de laboratoire : les organismes dénoncent une incohérence du gouvernement, qui s’est pourtant doté d’un plan d’action jusqu’en 2030 visant à protéger, restaurer et valoriser les ressources aquatiques.
« Dans les deux plans d’action, il y avait une mesure qui visait à bonifier le suivi de la qualité de l’eau des rivières, mais dans les faits, dans la dernière année et demie, au lieu de la bonifier, on diminue l’échantillonnage », dit M. Briand.
« On voit quand même qu’il y a un certain délaissement ou un désengagement du gouvernement du Québec en ce sens la », soulève Julie Leblanc.
Les organismes de bassin versant espèrent maintenant que le gouvernement reviendra sur sa décision ou qu’un autre mécanisme sera mis en place pour que les cours d’eau conservent leur limpidité et leur propreté, tout en garantissant la sécurité des citoyens.