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Sylviculture : un maillon essentiel à nos régions en train de rompre

Publié le 27 mars 2026 à 15:27, modifié le 27 mars 2026 à 16:05

Par: Pierre-Marie Nicolas

Le milieu sylvicole tire la sonnette d’alarme. Budgets gelés, appels d’offres agressifs et conditions précaires : le secteur est en déclin depuis plusieurs années, et la Confédération des syndicats nationaux (CSN) parle désormais d’une mort programmée du métier de sylviculteur au Québec

Au cœur du problème : la façon dont les contrats sont attribués. Selon Pierre-Luc Desjardins, directeur général du Groupement forestier coopératif de la Baie-des-Chaleurs, environ 75 % des contrats sont donnés de gré à gré, selon la performance en appel d’offres.

Résultat, les entreprises soumissionnent à la baisse pour décrocher des contrats. Le gouvernement transpose ensuite ces prix vers les autres contrats. « Nos employeurs ne sont pas capables d’arriver à ces chiffres-là, parce qu’il faudrait qu’ils coupent dans les conditions de travail des salariés », explique Éric Dubois, conseiller syndical à la Fédération de l’industrie manufacturière (FIM-CSN) pour l’Est du Québec.

Une main-d’œuvre vieillissante, sans relève

L’industrie fait face à un autre défi majeur : le vieillissement de ses travailleurs. La plupart ont plus de 55 ans et approchent de la fin de leur carrière dans un métier exigeant physiquement. « C’est le corps qui est leur outil de travail », résume Éric Dubois.

Le milieu peine à recruter. En cause, selon Pierre-Luc Desjardins : une rémunération insuffisante et un manque criant de reconnaissance de l’expérience. « Il n’y a pas de reconnaissance de la qualité d’exécution ni de l’expertise », déplore-t-il.

Des solutions existent

Un projet pilote mené au Bas-Saint-Laurent entre 2020 et 2024 a pourtant montré qu’une autre voie est possible. Un modèle de rémunération mixte  combinant un salaire garanti et une bonification à la productivité. Ce fonctionnement a commencé à attirer de nouveaux travailleurs vers le métier.

« Il n’y avait pas des files, mais il y a des gens qui commençaient à regarder sérieusement », témoigne Éric Dubois.

L’appel au gouvernement

Le milieu sylvicole réclame une meilleure reconnaissance de la part de Québec. « Ces gens-là, ce sont les jardiniers de la forêt. Si on ne la jardine pas, la forêt ne donnera pas ses fruits », dit Éric Dubois.

En dix ans, le nombre de membres du Syndicat national de la sylviculture a chuté de 80 %. Un déclin qui, selon les acteurs du milieu, menace non seulement la profession, mais l’ensemble de l’économie régionale.