Saint-Elzéar-de-Bonaventure: sept travailleurs malgaches pourraient quitter la région cet été
Publié le 26 mars 2026 à 16:53, modifié le 26 mars 2026 à 18:12
Par: Patrick Giguère
Un travailleur de la scierie de Saint-Elzéar-de-Bonaventure, récemment devenu père, craint de devoir rentrer dans son pays d’origine en laissant sa famille derrière lui, en raison de l’abolition du programme PEQ. Une situation que la mairesse du village veut à tout prix éviter.
Au total, ce sont sept travailleurs originaires de Madagascar, embauchés par la coopérative, qui pourraient quitter dès cet été à la fin de leur contrat.
José a posé ses valises en Gaspésie, en juin 2023, pour venir travailler à la coopérative forestière de Saint-Elzéar, principal employeur de ce village de quelques centaines d’habitants.
« Dans mon ancienne ville, dans mon pays, je suis sur le bord de la mer comme ça aussi. Donc c’est presque pareil comme chez moi. Deuxièmement, ici, c’est vraiment tranquille et paisible. Tu peux te balader dans la forêt si tu aimes la forêt, par exemple», raconte José Kan Han Kow.
En plus de s’être bien acclimaté au climat et à la région, l’homme de 35 ans a aussi trouvé l’amour de sa vie, qui lui a donné une jolie petite fille.
Mais ce que le travailleur malgache a bâti au cours des derniers mois pourrait s’écrouler, alors que le gouvernement a mis fin, l’automne dernier, au Programme de l’expérience québécoise.
« C’est vraiment triste et dur pour nous ce changement-là », laisse tomber cet homme qui vit avec sa petite famille dans l’ancienne école du village, désormais convertie en logements et en garderie communautaire.
« Pour eux, c’était de rester ici, d’y amener leur famille. Pour nous, cela représente sept personnes de plus sur nos presque 500 habitants. C’est aussi de voir qu’ils pourraient avoir des enfants et ainsi augmenter la population de Saint-Elzéar », explique Pâquerette Poirier.
La mairesse de la municipalité se désole de voir que ces travailleurs étrangers soient menacés d’expulsion alors qu’ils occupent des fonctions essentielles au bon déroulement des opérations de l’usine.
« Ce sont quand même des électromécaniciens qu’on parle et des opérations de machinerie lourde. Ils se sont adaptés et ils restent en plus dans nos logements. »
Ottawa a toutefois prolongé de 12 mois les permis de travail des travailleurs étrangers temporaires invités en vertu du Programme de sélection des travailleurs qualifiés.
Il s’agit de la seule lueur d’espoir pour le jeune papa.
« J’ai déjà reçu une invitation à la fin du mois de février. Je suis en train de préparer tous les documents, parce qu’on a 60 jours pour fournir tout ce dont ils ont besoin », dit José.
Mais pour réussir à être approuvé, il faut se classer selon un système de pointage.Remplir toute la paperasse gouvernementale et trouver certains relevés de notes, dont certains ne sont pas produits à Madagascar, ne se fait pas en claquant des doigts.
Le processus est semé d’embûches et comporte des coûts de plusieurs milliers de dollars.
Ses amis et collègues sont du même avis.
« J’ai besoin d’expliquer ça dans mon rapport de dossier. Mais peut-être que, à cause de ça, ils vont refuser ma demande, même si j’ai reçu une invitation», s’inquiète José.
La mairesse a exposé la situation à la candidate à la direction de la CAQ, Christine Fréchette.
« Elle a dit qu’elle allait tout faire pour remettre ce programme-là en vigueur. Sauf que ça presse un peu : si eux partent en juin et que les élections sont en avril, il faut qu’ils le sachent », rappelle l’élue.
Parce que pour José, le plus important est de pouvoir rester aux côtés de sa petite fille… pour admirer son sourire.
« J’espère que ça se passe bien parce que j’ai envie de voir ma petite fille grandir à côté de moi.»
Le directeur général de la Coopérative forestière de Saint-Elzéar a poliment décliné notre demande d’entrevue, mais assure vouloir mettre tout en œuvre afin que ces travailleurs, qu’il décrit comme fiables et sans reproche, demeurent à l’emploi de l’entreprise.