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L’agriculture gaspésienne, victime collatérale des tensions au Moyen-Orient

Publié le 17 mars 2026 à 16:49, modifié le 18 mars 2026 à 08:15

Par: Pierre-Marie Nicolas

Le détroit d’Ormuz a beau se trouver à des milliers de kilomètres de la Gaspésie, son importance stratégique pèse lourd sur le portefeuille des producteurs agricoles de chez nous. Pour les agriculteurs de la région, la guerre au Moyen-Orient se traduit concrètement par une explosion des prix à la pompe et du coût des engrais.

Le détroit d’Ormuz est une véritable artère vitale : un cinquième du pétrole mondial y transite chaque jour. Sa fermeture, même partielle, provoque une onde de choc immédiate sur la chaîne d’approvisionnement mondiale. L’agriculture, secteur dépendant de l’énergie et des intrants, est en première ligne :

« Le blocage de ce détroit a des effets majeurs. Les agriculteurs sont souvent les premiers à ressentir la hausse du baril, car ils doivent absorber les contrecoups directement sur leurs coûts d’exploitation. » Sylvain Charlebois, directeur du Laboratoire de sciences analytiques en agroalimentaire de l’Université Dalhousie.

Pour Sébastien Brière, propriétaire de la Ferme S. Brière à Caplan, le constat est alarmant. La hausse du prix du baril se transforme en milliers de dollars de dépenses imprévues pour sa prochaine saison de culture. « Aujourd’hui, c’est 0,70 $de plus le litre. J’avais déjà une facture de 40 000$ de diesel. À ce prix-là, c’est presque 25 000 $ de plus pour faire les semis et les récoltes », explique le céréalier.

Et la facture ne s’arrête pas au réservoir du tracteur. Chaque hausse du pétrole entraîne une surcharge sur le transport nécessaire pour acheminer ses céréales vers les marchés.

Le prix des fertilisants suit la même courbe ascendante. La rareté des stocks causée par les tensions maritimes force les producteurs à payer le prix fort pour garantir leurs récoltes.

Pour le même volume de culture que l’an dernier (155 tonnes), Sébastien Brière anticipe un surcoût de 35 000 $ à 45 000 $ uniquement pour les engrais.

Sylvain Charlebois, directeur du laboratoire de sciences analytiques en agroalimentaire de l’Université Dalhousie, est catégorique : « Pour ce qui est des fertilisants, ça va avoir un impact sur la rentabilité des fermes. S’ils ont accès aux produits, ils doivent payer davantage, mais malheureusement, plusieurs producteurs pourraient produire à perte. »

L’augmentation des coûts de production ne restera pas confinée aux frontières des fermes. Les consommateurs doivent s’attendre à une répercussion à la caisse, et ce, plus tôt que prévu.

Selon Sylvain Charlebois, deux facteurs vont converger : des hausses possibles dès la fin avril ou début mai et l’augmentation de 15.7% de la taxe carbone industrielle prévue pour le 1er avril.

Au-delà des chiffres, c’est la survie financière de la prochaine saison qui est en jeu. Entre le diesel et les engrais, Sébastien Brière craint de voir ses profits s’évaporer totalement : « Je n’aurai pas grand profit l’année prochaine. »

Alors que la chaîne mondiale d’approvisionnement s’ébranle, les producteurs d’ici se retrouvent forcés de cultiver l’incertitude autant que la terre.