PFAS à Charlo : Les propriétaires de puits privés dans l’incertitude
Publié le 2 mars 2026 à 17:19, modifié le 9 mars 2026 à 16:22
Par: Pierre-Marie Nicolas
La municipalité de Baie-des-Hérons a dû agir en urgence la semaine dernière pour sécuriser l’eau potable à Charlo, après la découverte de polluants PFAS dans ses deux puits municipaux.
Contaminants dans l’eau à Charlo : les propriétaires de puits privés réclament des réponses
À Charlo, ce n’est pas le goût de l’eau qui inquiète, c’est le doute. Depuis la découverte de contaminants de type PFAS dans les deux puits municipaux, une partie du village se sait alimentée autrement, mais de façon temporaire. Une autre, celle des propriétaires de puits privés, se demande si elle boit déjà une eau contaminée.
« On est tous sur la même nappe d’eau », lâche Luc Perron, encore secoué par la nouvelle. Chez lui, comme chez plusieurs voisins non raccordés à l’aqueduc, c’est le choc. « Surpris qu’on n’ait pas eu d’avis. Les seuls qui ont été avertis, c’est ceux qui sont sur l’aqueduc. Mais on partage la même eau. On devrait savoir si nos puits sont affectés. »
La municipalité de Baie-des-Hérons, dont relève le secteur, a agi en urgence la semaine en fermant les puits municipaux après la détection de “polluants éternels”. Les PFAS sont des substances qu’on retrouve dans une foule de produits du quotidien et qui ne disparaissent pratiquement jamais de l’environnement. Ils deviennent préoccupants lorsque leur concentration grimpe dans l’eau potable.
Depuis mardi matin, les résidents raccordés au réseau municipal sont alimentés par la municipalité voisine de Bois-Joli. Un branchement provisoire, présenté comme une mesure de prudence, le temps de stabiliser la situation et de valider les analyses.
La mairie veut calmer les inquiétudes
Le maire Denis McIntyre se veut rassurant, répétant que des solutions existent, même à l’échelle domestique. Il cite des systèmes de filtration simples, du type carafe ou filtre ménager, pouvant réduire une part importante des PFAS. Mais sur le terrain, ce discours se heurte à une réalité : pour les puits privés, personne n’a encore de résultat.
René Perron, lui, ne cache pas sa colère. Il habite à quelques pas des installations municipales et ne comprend pas pourquoi l’information ne s’est pas rendue jusqu’aux non-desservis. « Si les puits sont contaminés à une minute de moi, pourquoi on n’a pas été notifié ? On ne sait pas présentement s’il y a quelque chose. »
Dans les conversations, un terme revient : laissés-pour-compte. Certains disent avoir appris l’existence des PFAS par des voisins ou par les réseaux sociaux. L’incertitude s’installe dans les maisons, entre la cafetière du matin et le verre d’eau des enfants.
Trois avenues sur la table pour sortir du provisoire
À l’hôtel de ville, on insiste : l’approvisionnement par Bois-Joli est temporaire. Trois scénarios permanents sont évalués pour redonner à Charlo une autonomie complète :
- creuser de nouveaux puits;
- installer un système de filtration avancé directement aux puits existants;
- raccorder Charlo à la réserve d’eau de Dalhousie, via le barrage de Charlo.
Le maire évoque surtout la faisabilité d’un raccordement à un réseau déjà filtré. « On a une bonne réserve d’eau du secteur Dalhousie… l’eau passe à travers un système de filtration. On peut rajouter facilement le secteur Charlo », explique-t-il, en soulignant que le système actuel ne fonctionnerait qu’à une partie de sa capacité.
Mais au-delà des options techniques, c’est le calendrier qui alimente la nervosité. Combien de semaines? Combien de mois?
L’aéroport, l’hypothèse qui circule… et qui inquiète
Dans le village, les hypothèses sur la source de contamination vont vite. L’une d’elles s’impose, parce qu’elle est connue ailleurs : les mousses anti-incendie utilisées historiquement lors d’exercices d’urgence, souvent près des aéroports, et qui contiennent fréquemment de fortes concentrations de PFAS.
Annie Thériault, résidente, décrit un mélange de surprise et de résignation. En apprenant la proximité avec l’aéroport, elle dit avoir tout de suite pensé à cette piste. « Je me suis dit : possiblement que c’est avec les exercices des pompiers… C’est une nouvelle qui nous a pris par surprise. »
La municipalité affirme prendre cette hypothèse au sérieux et rappelle que d’autres juridictions ont déjà observé des cas similaires près d’infrastructures aéroportuaires ou de zones d’entraînement.
Ce que veulent les résidents : des tests et vite
La prochaine étape concerne les propriétaires de puits privés. Baie-des-Hérons prévoit mener, dans les prochaines semaines, des tests sur ces puits afin de déterminer l’étendue de la zone touchée.
À Charlo, l’eau coule toujours. Mais la confiance, elle, s’est fissurée. Tant que les résultats ne seront pas là, plusieurs continueront à remplir leurs bouteilles avec la même question : est-ce que notre puits est contaminé?