Travailleurs temporaires : des règles fédérales qui menacent des emplois
Publié le 12 janvier 2026 à 16:58, modifié le 12 janvier 2026 à 17:26
Par: Pierre-Marie Nicolas
À Gaspé, près de 140 travailleurs philippins de l’usine LM Wind Power pourraient être expulsés d’ici 2027. Un coup dur pour le secteur éolien, en pleine croissance.
Ces travailleurs étrangers temporaires sont visés par de nouvelles règles fédérales. Celles-ci imposent désormais un seuil salarial beaucoup plus élevé pour pouvoir rester au pays. Au Québec, ce seuil est fixé à près de 35 dollars de l’heure depuis juin 2025. Or, selon la CSN, plusieurs employés gagnent en dessous de ce taux, autour de 28 dollars de l’heure.
Un vent d’incertitude plane sur l’usine LM Wind Power de Gaspé. Dans un communiqué, la CSN annonce que plus d’une centaine de travailleurs philippins pourraient être forcés de quitter le Canada. En cause : un salaire inférieur au seuil exigé par Ottawa pour conserver un permis de travail.
Selon le syndicat, ces expulsions auraient des conséquences majeures pour la région. Un point de vue que partage le député de Gaspé, Alexis Deschênes.
« Ce qui va arriver, si rien ne change, c’est qu’il y aura moins de services pour la population. Donc, les entreprises vont devoir réduire leurs services ou leur productivité. Ce qu’elles produisent sera moindre, parce qu’elles auront moins de main-d’œuvre pour le faire », avertit-il.
Ces travailleurs occupent des postes spécialisés dans la fabrication de pales d’éoliennes, un secteur essentiel pour les projets d’énergie renouvelable au Québec. Selon le député, le problème n’est pas tant l’objectif du gouvernement fédéral, mais bien la façon de l’appliquer.
« On partageait cet objectif de réduire l’immigration temporaire. Mais la manière est importante. Il faut le faire avec humanité. Les gens qui sont déjà ici, il faut envisager s’il n’y a pas une façon de les garder, parce qu’ils sont déjà intégrés, ils travaillent. On parle d’une entreprise importante à Gaspé, qui a besoin de travailleurs pour se maintenir productive et compétitive. Alors Ottawa, après avoir ouvert les portes trop grandes, les ferme maintenant trop rapidement », soutient le député.
Selon lui, les règles actuelles sont appliquées de façon uniforme partout au pays, alors que les enjeux ne sont pas les mêmes d’une région à l’autre.
« Il ne faut pas que ce soit du mur à mur, parce que les réalités en Gaspésie ne sont pas les mêmes qu’à Laval ou à Montréal. Nos enjeux ne sont pas les mêmes. On n’a pas d’inquiétude pour la langue française à Gaspé, par exemple. Alors, on pense que le gouvernement fédéral doit suspendre un peu le processus, prendre le temps de faire les choses correctement et surtout ne pas faire du mur à mur, et permettre une adaptation aux réalités régionales », ajoute-t-il.
De son côté, la CSN réclame au gouvernement fédéral de maintenir le seuil salarial actuel et d’éviter de nouvelles hausses imprévisibles.
Contactés pour réagir, la municipalité de Gaspé ainsi que le syndicat de LM Wind Power n’ont pas souhaité commenter pour le moment et n’ont pas donné suite à nos demandes.