Protection de l’anguille : les pêcheurs du Kamouraska soulagés
Publié le 3 décembre 2025 à 17:31, modifié le 4 décembre 2025 à 07:38
Par: Charles Boisvert
Le gouvernement fédéral a décidé de ne pas considérer l’anguille comme une espèce en péril. Pêches et Océans Canada a confirmé hier qu’une gestion adaptative sera plutôt adoptée pour protéger ce poisson. Une décision qui fait des heureux au Kamouraska.
Bon an, mal an, les pêcheurs du Kamouraska attrapent entre 12 et 18 tonnes d’anguilles d’Amérique. Cette décision d’Ottawa leur permettra de poursuivre leur passion.
« Cette décision-là, on est vraiment content de ça », explique le pêcheur Rémi Hudon.
Ils craignaient d’être forcés d’arrêter leurs activités, puisque la Loi sur les espèces en péril interdit toute mortalité.
« C’est plus qu’économique. C’est culturel. C’est même spirituel. On vit de la pêche », mentionne celui qui est la neuvième génération de pêcheur.
Turbines dévastatrices
La population d’anguille a baissé depuis le début des années 90, notamment en raison de la pêche, des changements climatiques, mais aussi des barrages hydroélectriques.
« Les mortalités par turbinage figurent quand même en tête de liste pour expliquer les mortalités de génitrices », indique le biologiste Jean-François Dumont.
« J’ai dit tout le temps que mon cœur saigne quand c’est une affaire de même, parce que je n’en reviens pas. Le monde n’est pas au courant de ce qu’il se passe sous l’eau », ajoute Pierre Lizotte, pêcheur à Rivière-Ouelle.
Une solution qui a été trouvée pour réduire la mortalité dans les barrages d’Hydro-Québec, c’est les passes migratoires. Elles permettent aux anguilles d’éviter les turbines. Auparavant, on parlait de 50 % de décès, alors qu’aujourd’hui, le taux de mortalité est descendu à environ 30 %.
« C’est surtout pour faire monter la petite anguille en haut des barrages pour qu’elle aille se développer. Ce n’est pas pour arrêter la grosse anguille qui descend dans les turbines. Ça, ils ne sont pas capables de faire cette partie-là », précise Pierre Lizotte.
Stabilisation de la population d’anguilles
Les efforts des pêcheurs à travers les années portent fruit, notamment le rachat de permis et un ensemencement accru.
« On a diminué, nous autres les pêcheurs, de 50 % la mortalité de l’anguille », affirme Rémi Hudon.
« On est dans une phase de stabilité, ce qui nous permet, même d’espérer, à un certain regain d’abondance », soutient Jean-François Dumont.
Pêches et Océans Canada affirme qu’il continuera de traiter les menaces qui pèsent sur cette espèce, mais avec flexibilité.