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Régime forestier : une « mini-réforme » qui divise

Publié le 27 février 2026 à 16:42, modifié le 27 février 2026 à 16:42

Par: Charles Boisvert

Québec a annoncé de nouvelles mesures pour contrer la crise forestière. L’objectif est de rendre l’industrie plus compétitive, alors que les tarifs douaniers américains font mal. Mais cette « mini-réforme » divise dans nos régions.

Si d’une part, les industriels se réjouissent de voir une réduction des prix du bois et un allègement de leur fardeau administratif, les producteurs privés se sentent complètement oubliés.

« C’est une annonce qu’on attendait déjà depuis quelques semaines, voire quelques mois », explique Pierre-Olivier Morency, directeur croissance et innovation chez Groupe Lebel.

Groupe Lebel et plusieurs autres entreprises poussent un soupir de soulagement.

« C’est vraiment un coup de pouce pour l’industrie qui est présentement dans une situation très inconfortable », mentionne Pierre-Olivier Morency.

« Ça permet quand même de contribuer à améliorer l’environnement d’affaires dans un certain sens, donc on peut dire que c’est un pas dans la bonne direction », indique Steeve St-Gelais, président du Groupe Boisaco.

Redevance annuelle abolie

La mesure phare, c’est l’abolition de la redevance annuelle des scieries, en vigueur depuis l’ancien régime de 2013. Le Québec était la seule province avec ce type de rente. Boisaco pourrait économiser jusqu’à 400 000 $.

« Les entreprises du Québec ont un manque de compétitivité par rapport au reste du Canada, donc je pense que cette redevance-là effectivement était considérée un peu de trop », souligne Steeve St-Gelais.

Autre amendement : une révision de la tarification du bois de la forêt publique en imposant un taux minimal. Le gouvernement met aussi fin au système d’enchères, ce qui entraînera l’abolition du Bureau de mise en marché des bois. Cela amènera de la prévisibilité pour les entreprises.

« Plusieurs industriels étaient appelés à compétitionner pour la même fibre, ce qui faisait monter les prix. Donc avec l’abolition de ce système-là, on anticipe une diminution des coûts d’approvisionnement pour les scieries », explique Pierre-Olivier Morency.

« Préjudice en forêt privée »

Chez les producteurs privés toutefois, c’est la consternation.

« On aurait souhaité qu’il y ait des mesures spécifiques pour la forêt privée », affirme Michel Lepage, président du Syndicat des producteurs forestiers du Bas-Saint-Laurent. « On se sent complètement oublié ».

Ils craignent que le prix du bois public devienne si bas que les entreprises délaissent les forêts privées.

« Si l’industrie s’approvisionne davantage en forêt publique, donc les producteurs de boisés privés auront moins de bois à fournir à l’ensemble de l’industrie », indique Michel Lepage.

« Chez Groupe Lebel, on est un grand acheteur de bois de forêt privée. On veut continuer d’acheter du bois de forêt privée », précise Pierre-Olivier Morency.

Aide aux communautés forestières

Le cabinet du ministre des Ressources naturelles et des Forêts, Jean-François Simard, rappelle que Québec a investi 60 millions de dollars depuis trois ans pour mettre en valeur la forêt privée.

« Ces mesures viennent en aide aux communautés forestières dans leur ensemble. Une entreprise forestière qui se porte bien est bénéfique pour la forêt privée autant que pour la forêt publique », explique-t-il par courriel.

La quatrième mesure de la mini-réforme, les projets pilotes régionaux, semble faire l’unanimité. Il permettra aux entreprises de tester de nouvelles approches pour répondre au nouveau contexte mondial. Un appel à projets sera bientôt lancé.

Les industriels réclament la mise sur pied de ces mesures rapidement.

« Faut qu’elle puisse donner des effets le plus tôt possible, parce que le secteur et les entreprises en ont grandement besoin », soutient Steeve St-Gelais.

Tous s’entendent sur un point : il faudra bientôt retourner à la table pour discuter d’un véritable nouveau régime forestier, à la suite du retrait du projet de loi 97.

« On aimerait prendre en considération les besoins de la forêt privée », conclut Michel Lepage.

Accueil mitigé des élus

De son côté, la Table régionale des élus municipaux du Bas-Saint-Laurent exprime des réserves face à cette « mini-réforme ».

« L’annonce du ministre Simard soulève des inquiétudes pleinement légitimes. La vitalité de nos communautés forestières dépend d’une valorisation et d’un traitement équitable entre les deux tenures. En ce moment, ce n’est pas le message que l’on reçoit du gouvernement. À court terme, on invite le ministre à bonifier ses amendements avec des mesures qui fourniront des opportunités équivalentes aux producteurs privés », explique Serge Pelletier, préfet de la MRC de Témiscouata.

Les membres conviennent de la nécessité d’abolir la redevance annuelle, mais déplorant que ces changements n’apportent aucune réponse structurante pour aider l’industrie face à leurs défis.