Cerfs de Virginie: quand les cultures deviennent leurs proies
Publié le 19 novembre 2025 à 12:41, modifié le 19 novembre 2025 à 15:03
Par: Patrick Giguère
Certains producteurs agricoles de la Baie-des-Chaleurs sont dépassés par l’explosion du nombre de cerfs de Virginie. Les dégâts dans les champs se multiplient et, pour plusieurs, les ravages sur les cultures deviennent considérables, au point où Québec a dû délivrer un permis spécial d’abattage ciblé pour limiter les dommages subis chez un producteur de Bonaventure.
Charmants dans les forêts, savoureux dans l’assiette, mais pour les agriculteurs et leurs champs, ces cerfs sont des invités indésirables.
« À la longue, cela entraîne d’importantes pertes de rendement dans les champs, ainsi que des problèmes de bris. Ce sont des coûts supplémentaires pour la ferme et pour l’agriculture en région. Ce n’est pas viable présentement », indique le copropriétaire de la Ferme Bourdages de Saint-Siméon-de-Bonaventure. « Ils mangent le feuillage des fraises, ils s’attaquent aux jardins, aux arbres fruitiers et aux cèdres. Ils mangent à peu près tout ce que les chevreuils consomment. Cela crée des problèmes pour les cultures en général », poursuit-il. L’entreprise familiale ne compte pas demander de permis spécial au gouvernement.
Les dommages causés aux cultures d’un producteur de la Baie-des-Chaleurs étaient devenus si importants — notamment par des cerfs sans bois — qu’un permis spécial a dû être délivré par le ministère de la Faune pour en abattre certains.
« À ma connaissance, c’est la première fois qu’on a besoin de recourir à ce type de permis », mentionne la biologiste à la Direction de la gestion de la faune Gaspésie-Les-Îles-de-la-Madeleine, Marie-Claude Richer. « On est allés les vérifier sur place, et l’agriculteur nous a montré qu’il avait mis en place toutes les mesures pour éviter que des dommages soient faits à sa production. On en était rendu là », confirme-t-elle.
Le permis délivré à l’entreprise agricole l’autorisait uniquement à prélever des cerfs sans bois sur les terres qu’elle exploite.
Comme il s’agit de terres privées et qu’un certain niveau de contrôle sanitaire devait être respecté, le propriétaire avait l’obligation de sélectionner lui-même les chasseurs et encadrer leurs activités.
« On a demandé au détenteur du permis de nous fournir les noms des chasseurs, puis nous avons vérifié auprès de la protection de la faune pour nous assurer qu’il s’agissait de chasseurs en règle », relate la biologiste.
« On sait ben qu’il va tout le temps avoir du monde qui va peut-être dire quelque chose de négatif là-dedans, mais c’est vraiment dans la réglementation et la Fédération n’a même pas d’affaire à se mêler de ça parce que ça fait partie vraiment des problématiques qui peuvent arriver », s’exclame le président de la Fédération québécoise des chasseurs et pêcheurs Gaspésie-Les-Îles, Alain Poitras.
Chaque chasseur pouvait prélever deux chevreuils.
La viande pouvait être conservée, mais les autorités ont suggéré de la donner aux banques alimentaires régionales.
L’agriculteur en question aura des comptes à rendre au ministère de la Faune.
« On va avoir un portrait de ce qui a été abattu, et nous avons hâte de voir l’effet l’été prochain, pour savoir s’il y aura une réduction des dommages », indique Marie-Claude Richer.
« On aimerait que le gouvernement mette en place un système pour contrôler ou réduire un peu l’impact des bêtes sur le territoire local », admet Jean-François Bourdages.
Après trois hivers cléments, le ministère de la Faune pourrait émettre, par tirage au sort, des permis de cerfs sans bois pour la zone 1 Sud lors de la saison de chasse 2026.
« J’envisage d’en émettre, mais ça va dépendre des résultats de la chasse de cette année et du début d’hiver qu’on va avoir », annonce la biologiste.
« Si la population le permet, je ne dis pas non à ça, mais ça va dépendre de la population », fait savoir Alain Poitras.
Puisqu’il s’agit d’un sujet sensible à leurs yeux, l’Union des producteurs agricoles de la Gaspésie–Les-Îles, ainsi que l’entreprise agricole qui a reçu un permis, n’ont pas souhaité accorder d’entrevues.