Travailleurs étrangers temporaires: Ottawa prolonge d’un an les permis de travail
Publié le 13 mars 2026 à 18:35, modifié le 13 mars 2026 à 18:35
Par: Jasmin Guillemette
Le sursis pour les travailleurs étrangers temporaires est bien accueilli chez les employeurs de nos régions, qui dénoncent le resserrement des règles depuis des mois. Le fédéral a pris la décision de prolonger pour un an les permis de ceux en voie d’obtenir leur résidence permanente.
Fabian Antoine est un Belge établi au KRTB depuis maintenant deux ans et demi avec sa femme et ses deux enfants. Son contrat de travailleur étranger temporaire venait à échéance en novembre 2026. Il a appliqué au Programme de sélection des travailleurs qualifiés, mais demeure toujours dans l’incertitude d’être choisi. Voilà qu’aujourd’hui, il pourra rester dans la région jusqu’au 31 mars 2027.
« C’est beaucoup d’anxiété, beaucoup de stress. Ça va faire une bouffée d’air. Ça va nous laisser un an de bon. Un an, ça passe très vite. J’espère qu’en dedans de cette année, on obtiendra une résidence permanente », explique celui qui souhaite s’installer pour de bon.
L’Hôtel Universel à Rivière-du-Loup s’apprêtait à dire au revoir à trois de ses travailleurs étrangers dans les prochaines semaines. Faute de pouvoir renouveler leur permis de travail, après qu’Ottawa ait limité leur pourcentage à 10%. Eux aussi pourront continuer de prêter main-forte dans des postes où la main-d’œuvre québécoise est difficile à trouver. « J’avais besoin d’une preuve parce que je n’y croyais plus. J’avais baissé les bras, je dois avouer. Ça m’attristait. Disons ça nous donne un réconfort », la copropriétaire Joanna Lortie.
Malgré qu’on se réjouît de la nouvelle ici au sein du complexe hôtelier, le prolongement est arrivé trop tardivement puisque des travailleurs étrangers ont déjà dû quitter leur emploi. « Depuis 2024, qu’on se bat pour cette cause, on est rendu en 2026 », continue-t-elle.
Ottawa offre aussi un allègement en ce qui concerne les régions rurales. Les entreprises pourront augmenter leur pourcentage de travailleurs étrangers temporaires à faible salaire de 10 à 15%…mais pour la prochaine année seulement. « Oubliez ça. On ne fera pas venir quelqu’un pour un an et après on lui dit ciao bye. C’est impossible. Et encore une fois, c’est temporaire, c’est juste pour remédier la situation actuelle », déplore Mme Lortie.
Les travailleurs étrangers temporaires comme Fabian Antoine utiliseront ce temps supplémentaire afin de continuer les démarches pour pouvoir éventuellement s’installer au Québec à temps plein, sans restriction de permis. « Ça va nous éviter bon nombre de démarches complémentaires parce que sinon… On était déjà avec mon employeur ici en train de faire démarche pour renouveler mon permis de travail. Mon épouse allait refaire ses démarches avec son employeur à Rivière-du-Loup », ajoute M. Antoine.
Malgré le répit d’un an, qui pourrait freiner l’exode de nombreux employés, plusieurs dénoncent que le problème de fond n’est pas réglé.
« Ça demeure encore que dans 12 mois, s’il n’y a rien qui a été réglé de manière permanente, on va se confronter à la même crise urgente qu’on vit présentement », lance Claudette Migneault
La Fédération des chambres de commerce du Québec salue ce premier pas, et demande notamment au provincial de hausser les seuils d’immigration permanente. Les travailleurs qui ont fait une demande dans le Programme de sélection des travailleurs qualifiés du Québec font partie des travailleurs admissibles, tout comme ceux détenant un permis de travail lié à un employeur donné dans le Programme des travailleurs étrangers temporaires avec une date d’expiration entre aujourd’hui et le 31 décembre 2026.
Un manque de prévisibilité selon Bernard Généreux
Le député de Côte-du-Sud–Rivière-du-Loup–Kataskomiq–Témiscouata croit que l’annonce du gouvernement fédéral ne donne pas aux entreprises régionales de la prévisibilité. « Les entrepreneurs de nos régions ont besoin de règles claires et d’un horizon stable pour planifier leurs activités. L’annonce faite aujourd’hui par les libéraux ne donne malheureusement pas le temps nécessaire pour permettre aux entreprises de s’adapter », soutient Bernard Généreux.