Mérule pleureuse: une Madelinienne devra démolir sa maison
Publié le 6 février 2026 à 18:35, modifié le 7 février 2026 à 07:45
Par: Patrick Giguère
Une femme d’affaires des Îles-de-la-Madeleine vit un véritable cauchemar depuis qu’elle a appris que la résidence qu’elle a achetée en 2021 est contaminée par la mérule pleureuse. Ce champignon, particulièrement dévastateur pour les habitations, s’attaque au bois en le rendant friable.
« Bizarrement, chaque été, je tombais malade sans qu’on sache pourquoi. La vie continuait, je me disais que c’était comme ça. Mais l’été dernier, j’ai été vraiment malade, surtout au niveau pulmonaire », se souvient la femme de 38 ans, qui habite en Estrie hors saison touristique.
Cindy Poirier a été contrainte d’abandonner sa demeure située sur le chemin de l’Oiseau, à Havre-aux-Maisons, l’automne dernier, après avoir découvert que la maison qu’elle avait achetée 275 000 $ en 2021 était infestée par la mérule pleureuse.
Mme Poirier habitait cette résidence surtout l’été, étant propriétaire d’une boutique-café et d’une entreprise de location d’embarcations nautiques.
«Il y avait des sortes de trous qui se formaient dans le plancher et des plaques noires très intenses. Je me disais que c’était simplement de l’eau qui s’était infiltrée. »
Ce champignon, souvent surnommé le « cancer du bâtiment », est reconnu pour sa capacité dévastatrice à détruire rapidement le bois de structure et se propager de manière incognito et durable à l’intérieur des habitations.
« Au départ, le champignon, quand il se développe, a besoin d’obscurité et reste caché, souvent dans les vides sanitaires ou derrière les murs », explique Marie-Claude Cauchon, la directrice de Mérule Québec. « Si on va dans son vide sanitaire et qu’on voit une grande mousse blanche, un peu comme des fils d’araignée au sol, ça devrait déjà nous lever un petit drapeau rouge », ajoute-t-elle.
« Le 18 juillet dans le fond il y a une dame qui m’a dit : ta maison est contaminée. En gros je voulais rénover ma maison parce qu’il y a eu un peu d’eau qui rentrait par le toit », se rappelle Cindy.
La femme en question avait envisagé d’acheter la même propriété que Mme Poirier en 2015 et l’avait fait inspecter, contrairement à cette dernière.
« C’était pendant la COVID, et les inspecteurs aux Îles-de-la-Madeleine, ça ne court pas les rues, on va se le dire. J’avais un certain délai et il fallait que j’achète la maison rapidement. »
Maintenant, quelle sont les prochaines étapes ?
Cindy Poirier a fait le deuil de sa propriété, même si ses paiements hypothécaires se poursuivent.
La trentenaire a consulté un avocat et s’est tournée vers le député des Îles-de-la-Madeleine et la municipalité, mais personne ne sait comment l’aider.
En plus, sa compagnie d’assurance ne couvre pas cette situation.
« Il n’y a pas de solutions, je ne sais pas ce qui va arriver. Entre-temps, j’apprends qu’il y aurait des frais pouvant atteindre 200 000 $. Je me retrouverais avec 420 000 $ de dettes, sans avoir de maison. Ça n’a absolument aucun sens, et ça ne devrait pas pouvoir arriver », admet celle qui a indiqué à l’auteur de ces lignes que le moyen le plus simple pour éliminer le champignon est de brûler la maison.
Qui plus est, la suspension, en mars dernier, des programmes d’aide de la Société d’habitation du Québec laisse les consommateurs confrontés avec ce champignon lignivore livrés à eux-mêmes.
« Les gens aux Îles, ça représente des défis supplémentaires. Il n’y a pas d’experts spécialisés en mérule», fait savoir Mme Cauchon.
« C’est beaucoup de défis. Le stress est constant », ajoute Mme Poirier, qui ne cache pas que sa santé mentale et sa situation financière en prennent un dur coup.
L’organisme québécois profite de l’occasion pour inviter toutes les personnes liées à l’habitation à participer à ses webinaires et, par le fait même, rappelle l’importance de faire inspecter sa maison avant l’achat, ce qui permet d’éviter bien des problèmes.