Loi 2 : des patients déplorent avoir perdu leur médecin de famille
Publié le 10 novembre 2025 à 17:17, modifié le 10 novembre 2025 à 17:28
Par: Catherine Pellerin
La grogne continue de prendre de l’ampleur aussi dans nos régions concernant la Loi 2. Selon nos informations, une médecin du Bas-Saint-Laurent a remis sa démission récemment.
Ce départ serait lié aussi à des raisons personnelles, mais la nouvelle loi de Québec aurait pesé dans la balance, en étant la goutte qui a fait déborder le vase.
« Je suis un peu fâché de ça, parce qu’on sait que c’est à la suite de décisions gouvernementales. On perd un excellent médecin qui était dévoué en région et on sait que des médecins, on en a besoin », déclare Gino Fortin.
L’homme de Rivière-Bleue et ses deux filles font partie des patients qui se retrouveront orphelins. Ils viennent d’apprendre que leur médecin de famille, qu’ils consultaient depuis environ 10 ans, ira travailler dans une autre province.
« Moi, je suis diabétique de type 2, j’ai un bon suivi avec elle présentement, tout est sous contrôle. Est-ce que je vais avoir un aussi bon suivi avec un autre médecin? C’est la question que je me pose », se demande-t-il.
Une autre dame, qui perdra également son médecin de famille, a fait part de ses inquiétudes à CIMT-TVA.
D’autres départs?
Selon l’Association des médecins omnipraticiens du Bas-Saint-Laurent, 15 médecins de la région projettent de s’en aller, notamment au Nouveau-Brunswick.
« On est en pénurie de médecins de famille, on a 38 postes sur 46 pourvus. Ici, on a de la difficulté à voir tout le monde. Tout le monde n’a pas un médecin de famille. Malheureusement, c’est sûr qu’on anticipe les impacts de cette loi-là dans les prochains mois, les prochaines années », explique la Dre Marie-Hélène Leblanc.
La médecin de famille à Rivière-du-Loup confirme aussi que quelques-uns de ses collègues ont appliqué pour des permis de pratique ailleurs au Canada. Des retraites risquent aussi d’être prises de façon anticipée.
Plusieurs craignent d’ailleurs que les régions subissent davantage les contrecoups de cette réforme.
« Les patients risquent de payer le gros prix pour cette réforme, qui n’est pas acceptée par la population et des médecins », considère Gino Fortin.
Lettre ouverte
90 médecins de famille et médecins spécialistes de Rivière-du-Loup ont décidé de faire front commun, pour interpeller Québec. Ils ont cosigné une lettre ouverte. Colère et démotivation se font de plus en plus sentir.
« On essaie de voir comment on va réaliser les objectifs et ça va être vraiment difficile », soutient la Dre Leblanc, qui rappelle que la Loi 2 ne concerne pas uniquement les salaires.
Elle craint une désaffiliation des médecins de famille, une pénurie plus importante de médecins ou encore, une obligation de traiter les cas de spécialités à Rimouski ou à Québec, car la région perdra des spécialistes.
« On demande au gouvernement de suspendre la loi 2, de réévaluer ça. On recommande aussi le mécanisme d’arbitrage », ajoute la Dre Valérie-Anne Gagnon, une autre médecin de famille.
Les médecins de Rivière-du-Loup vont d’ailleurs envoyer leur lettre à la députée-ministre Amelie Dionne. Ils réclament une rencontre avec elle d’ici une semaine, pour obtenir son appui.
Prêts à discuter
La Dre Leblanc et la Dre Gagnon souhaitent la reprise d’un dialogue respectueux avec Québec.
« Je pense qu’on a de bonnes solutions. On veut soigner, on veut travailler, on veut diminuer la charge administrative, de remplir des papiers. Mais il faudrait que le ministre nous écoute, qu’il veuille travailler avec nous », estime Dre Leblanc.
« Il y a beaucoup de choses à améliorer dans le système de santé, mais je ne pense pas que passer une loi sous bâillon, qui change du tout au tout, sans consulter les gens sur le terrain, soit la bonne manière de faire. Il y a définitivement des choses à améliorer, mais c’est ensemble qu’on peut trouver des solutions plus pérennes », affirme Dre Gagnon.