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Registre des Indiens : le statut de centaines d’Innus d’Essipit révoqué

Publié le 28 avril 2026 à 16:29, modifié le 28 avril 2026 à 16:29

Par: Jean-Baptiste Leveque

Plus de 700 Innus d’Essipit ont vu leur statut d’Indien être révoqué le 5 novembre dernier, alors qu’ils l’avaient obtenu en 2019. Cette décision de la registraire fédérale a créé un choc pour plusieurs. Ils comptent se battre en cour pour renverser la décision.

Il y a six mois, du jour au lendemain, 738 membres de la Première Nation des Innus Essipit ont été rayés du Registre des Indiens.

Leur avocate, Me Audrey Mayrand, fustige la manière dont cela s’est passé. « Certaines personnes ont été informées par la bande ou par leur pharmacien par exemple, qui leur indique : en fait, vous ne pouvez pas être remboursé pour vos médicaments parce que vous n’avez plus le statut. »

Descendants de Christine Kichera et Adélaïde Matchiragan, deux femmes mariées à des allochtones, ils avaient pourtant obtenu leur statut il y a sept ans, grâce à une révision de la Loi sur les Indiens.

« On s’explique mal en fait pourquoi le bureau du registraire agit de la sorte et pourquoi en fait il y avait lieu de retirer le statut de ces individus-là, alors qu’il y avait amplement de preuves que leurs ancêtres étaient Innus », estime Me Mayrand.

Denis Ross, un membre de la Première Nation qui connait personnellement des personnes touchées, « ne comprend pas pourquoi (le gouvernement) revient sur sa décision. Sur quoi il se base, on ne le sait pas. Donc je trouve ça regrettable pour les membres », déplore M. Ross.

La perte du statut s’accompagne d’une perte de droits et de séquelles psychologiques pour des personnes qui bâtissaient leur vie autour de cette identité.

« Il y a des gens qui ont construit des maisons sur réserve, qui ont construit des camps de chasse en territoire traditionnel, qui ont commencé à participer aux réunions, puis aux votes dans la communauté, que leurs enfants ont commencé à suivre des cours de langue innue », énumère Audrey Mayrand.

Dans une lettre adressée aux médias, le Conseil de la Première Nation reste solidaire avec les personnes touchées, mais n’a aucun pouvoir sur le processus, qui relève du gouvernement fédéral.

Denis Ross souligne l’incohérence qu’il « y a même des gens qui travaillent pour la communauté qui ont perdu leur statut.
C’est sûr que ça a un impact sur leur vie à eux. »

Me Mayrand ajoute que « les gens ne se sentent pas bien dans la communauté, ne se sentent pas reconnus et tout ceci parce qu’il y a des fonctionnaires à Ottawa qui ont changé d’avis sur un document historique. C’est très difficile pour les gens à comprendre. »

Une contestation de la décision est en cours, mais pourrait prendre une dizaine d’années. À court terme, les familles demanderont à la Cour fédérale de rétablir leur statut d’Indien le temps de la protestation.