Réforme Dubé : lettre ouverte des médecins du Kamouraska
Publié le 20 novembre 2025 à 16:09, modifié le 20 novembre 2025 à 16:09
Par: Charles Boisvert
La loi 2 continue de faire réagir dans nos régions. Après les médecins de Rivière-du-Loup, c’est au tour de ceux du Kamouraska d’exprimer leur désaccord et leurs inquiétudes dans une lettre ouverte.
Une trentaine de médecins l’ont signé. Ils affirment notamment que cette loi n’apporte aucune solution concrète au manque d’accessibilité aux soins de santé. Ils déplorent aussi que les particularités des régions, comme le Kamouraska, ne sont pas reconnues. Des départs de médecins inquiètent aussi.
Ils demandent à Québec de suspendre la Loi 2 et sollicitent l’appui du député Mathieu Rivest.
Voici la lettre intégrale :
Nous, les médecins du Kamouraska, souhaitons exprimer publiquement notre profond désaccord et nos inquiétudes envers la Loi 2 adoptée récemment sous bâillon.
D’entrée de jeu, mentionnons que nous sommes tout à fait sensibles au manque d’accessibilité aux soins de santé auxquels ont droit les gens du Kamouraska. Toutefois, nous n’adhérons aucunement à ce qui est proposé par le gouvernement actuel.
Dans un premier temps, il est important de préciser que cette loi n’apporte aucune solution concrète au manque d’accessibilité. Le fait, par exemple, d’affilier l’ensemble des Québécois à un milieu de soins ne signifie aucunement une meilleure disponibilité des services, ni une meilleure prise en charge.
Plutôt que de chercher à optimiser son réseau de santé, le gouvernement cherche à en imputer la déficience aux médecins. Cette loi propose des indicateurs de performance, axés sur le volume, sur lesquels les médecins n’ont pratiquement aucun contrôle et ceci, au détriment de la qualité des soins. D’ailleurs, rappelons que cette loi a été dénoncée par de multiples instances et experts, dont le Conseil pour la protection des malades et le Collège des médecins du Québec, dont leur mission première est la protection du public.
Cette loi ne reconnaît pas non plus la particularité des régions comme la nôtre où la médecine est beaucoup plus complexe et diversifiée. Au Kamouraska, nous sommes déjà en sous-effectif de médecins de famille pour couvrir l’ensemble de la prise en charge de la population, en plus de l’urgence, l’hospitalisation, l’obstétrique, le CHSLD, les soins à domicile, l’oncologie, la santé publique, la recherche et l’enseignement aux futurs médecins. Nous pouvons compter sur trois internistes et deux chirurgiens généraux qui ont des champs de pratique eux aussi très vastes compte tenu de l’absence d’autres spécialistes, ainsi que sur deux anesthésistes qui participent au traitement de la gestion de la douleur. Ces trois spécialités doivent également assurer une garde 24h/24 tout au long de l’année pour préserver les services essentiels de notre centre hospitalier.
L’amélioration de l’accès aux soins doit donc absolument passer par une meilleure fluidité dans l’organisation des services et une diminution de la paperasse. Surtout, il faut un meilleur accès aux autres professionnels de la santé ce qui permettra de dégager beaucoup de rendez-vous médicaux en plus d’optimiser les plateaux techniques comme les salles d’opérations et l’imagerie médicale. Or, dans les dernières années, nous avons assisté à des coupures de postes dans le personnel soignant, des congés de maternité ou des absences prolongées qui ne sont pas remplacés, des systèmes de référence et de prise de rendez-vous qui comportent des ratés et une communication entre soignants qui est limitée par des systèmes informatiques dépassés. Pendant ce temps, plutôt que d’investir dans des services qui iraient directement aux patients, nous avons plutôt vu le nombrede cadres et de gestionnaires augmenter considérablement et les instances décisionnelles s’alourdir.
Ainsi, les solutions pour améliorer réellement l’accessibilité aux soins de santé sans en compromettre la qualité existent mais elles nécessitent une vision à long terme ainsi que la collaboration des différents partenaires du réseau. Ce processus doit se faire en dehors de tout agenda politique.
La situation que nous vivons actuellement engendre un sentiment généralisé de démobilisation. Des départs ont été annoncés un peu partout au Québec, incluant dans notre région. Le réseau ne pourra qu’en sortir davantage fragilisé, d’autant plus que le recrutement s’annonce tragiquement nul au Kamouraska pour une deuxième année consécutive.
La santé des Québécois ne doit en aucun cas être un outil purement électoral et c’est pour cette raison que nous demandons au gouvernement de la CAQ de suspendre sa loi. Nous sollicitons également l’appui du député de la Côte-du-Sud, Monsieur Mathieu Rivest, afin de prendre des actions concrètes pour défendre les intérêts de sa population, devant ceux de son parti politique.
Les médecins du RLS de Kamouraska
Dre Alexandra Thibault, médecin de famille
Dr Alexis Brien-Racicot, médecin de famille
Dre Alice Famelart, médecin de famille
Dre Andrée-Anne Paradis, médecin de famille
Dre Ann-Crystine Thibault, médecin de famille
Dre Catherine Gagnon, médecin de famille
Dre Catherine Gélinas, médecin de famille
Dre Claude Thériault, médecin de famille
Dre Claudine Ouellet, médecin de famille
Dre Claudine Rancourt, médecin de famille
Dr Denis Pelletier, médecin de famille
Dre Dominique Lepage, médecin de famille
Dr Gabriel Foucault, médecin de famille
Dr Gaétan Lévesque, médecin de famille
Dr Guillaume Lavoie, médecin de famille
Dre Isabelle Guité, interniste
Dre Isabelle Pelletier, médecin de famille
Dr Jean-Félix Laforest, médecin de famille
Dre Josée Rousseau, médecin de famille
Dre Léa Goulet-McCarthy, médecin de famille
Dre Marie-Claude Racine, interniste
Dre Marie-Ève O’Reilly-Fromentin, médecin de famille
Dre Marie-Pier Girard, interniste
Dr Mario Lebel, médecin de famille
Dr Maxime Ouellet, médecin de famille
Dre Patricia Smyth, médecin de famille
Dr Patrick Nadeau, chirurgien général
Dr Philippe Nobert, médecin de famille
Dre Pia St-Louis, médecin de famille
Dr Pierre La Rochelle, médecin de famille
Dr Rami Abu-Alhayja’a, anesthésiste
Dr Robert-Hugo Gendron, chirurgien général