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Protection des terres agricoles : les aboiteaux enfin reconnus par Québec

Publié le 17 décembre 2025 à 17:15, modifié le 18 décembre 2025 à 08:21

Par: Charles Boisvert

Après de nombreuses années de revendications, les aboiteaux seront enfin reconnus par Québec pour la protection des terres agricoles. Les producteurs du Kamouraska peuvent maintenant pousser un soupir de soulagement.

Un aboiteau, c’est une butte qui sépare la terre du fleuve. Il s’agit d’un système ingénieux qui draine l’eau des terres agricoles et les protège des grandes marées. C’est un dispositif unique au Québec.

« C’est vraiment une protection. C’est une digue contre la submersion par les marées », explique la mairesse de Saint-André-de-Kamouraska, Chantal Parenteau.

« C’est indéniable, l’apport des aboiteaux pour l’activité économique, mais aussi l’occupation du territoire », mentionne la directrice générale de la MRC de Kamouraska, Catherine Langlois.

Au congrès de l’UPA, le ministre de l’Environnement, Bernard Drainville, et le ministre de l’Agriculture, Donald Martel, ont annoncé que Québec allait reconnaître la réalité des terres agricoles protégées par les aboiteaux. C’est un ajustement au régime transitoire qui avait été imposé en 2022, qui contraignait largement les pratiques agricoles.

« Aux yeux du ministère, les aboiteaux étaient jusqu’à tout récemment transparents, donc inexistants, ce qui est en soi une aberration », indique Catherine Langlois.

« C’est une avancée majeure. Je dirais même historique », souligne le député de Côte-du-Sud, Mathieu Rivest. « Il était possible pour un agriculteur de se faire dire “non, il n’est plus possible de faire de l’agriculture ici”, lorsque ça fait des décennies, et des centaines d’années qu’on fait de l’agriculture ».

Caractère historique et patrimonial

C’est une victoire importante pour les agriculteurs du Kamouraska.

« On n’est plus soumis à toutes les nouvelles normes qui étaient mises en vigueur pour les cultures en littoral : la distance de séparatrice des cours d’eau, ce qu’on peut cultiver, les dates qu’on peut cultiver, ce qu’on peut mettre comme engrais », explique la présidente du syndicat de l’UPA de Kamouraska, Mylène Bourque.

« Ma volonté, dès le début, c’était de dire “lorsque vous parlez de digues du Haut-Richelieu, nous allons constamment mettre aussi les aboiteaux du Kamouraska” », précise Mathieu Rivest.

Les aboiteaux ont aussi une grande valeur patrimoniale. Le premier a été construit en 1869 à Sainte-Anne-de-la-Pocatière. Aujourd’hui, on en compte une trentaine dans sept municipalités riveraines. Ils sont entretenus par la MRC après avoir été reconstruits par le ministère de l’Agriculture entre 1970 et 1986.

« Pour les citoyens ici, ça fait partie de leur quotidien. C’est un sentier de marche. C’est l’observation du fleuve. C’est l’accès au fleuve », explique Chantal Parenteau. « Aussi, le sentiment de sécurité », ajoute-t-elle.

Les revendications ne sont pas terminées

Il existe deux types d’aboiteaux : ceux qui protègent les terres agricoles, et ceux qui protègent des biens et des personnes. Ces derniers ne sont toutefois pas encore reconnus comme ouvrage de protection contre les inondations (OPI), ce qui entraîne toujours des contraintes pour les résidents à proximité.

« À Saint-André, c’est quand même 80 % du cœur du village qui est en zone inondable », mentionne Catherine Langlois.

« Certaines réglementations devraient être assouplies, considérant tout cela, comme l’ajout d’une terrasse qui, en ce moment, est interdite. On peut faire un cabanon, mais sans surface bétonnée. On ne peut pas agrandir les maisons », explique Chantal Parenteau.

La reconnaissance pour les terres agricoles est un pas dans la bonne direction selon les Kamouraskois. Catherine Langlois est confiante de voir les aboiteaux qui protègent les biens et les personnes reconnus par Québec à court terme.