Mobilité régionale : le train passager… à quand?
Publié le 5 novembre 2024 à 14:27, modifié le 6 novembre 2024 à 14:59
Par: Louis-Philippe Morin
Après avoir abordé l’enjeu du transport aérien et celui du transport par autobus en Gaspésie, notre dernier volet sur les défis de la mobilité régionale concerne l’important dossier ferroviaire. On se demande, évidemment, où en est le dossier du transport de passagers? La question vaut 872 millions de dollars… soit le montant investi par Québec pour réhabiliter le rail entre Matapédia et Gaspé. En fait, bien qu’on veuille le retour du train passager, aucun signe ne confirme que les wagons remplis de Gaspésiens et de touristes circuleront sous peu.
En octobre, nous apprenions que le train roulerait jusqu’à Port-Daniel-Gascons au printemps prochain. Une bonne nouvelle pour l’économie locale, puisqu’il serait possible de transporter le ciment plus efficacement, par des wagons adaptés… Mais, pendant ce temps, le train passager est sur la voie d’évitement.
« Si on n’avait pas de rails, personne ne se battrait pour que le train revienne ici. Mais les rails sont là et sont réparés… et les gens ont toujours fonctionné avec le train de passagers. Il va falloir que quelqu’un quelque part réalise que c’est une importance extrêmement vitale. », affirme Micheline Ste-Onge, administratrice à la Coalition pour le retour du train passager en Gaspésie.
Bien que plusieurs municipalités aient adopté des motions pour le retour du train passager, que la population demande qu’on leur offre cette possibilité… VIA Rail a rompu le dialogue avec les acteurs régionaux qui militent en ce sens. Selon la compagnie, le rail doit d’abord être réhabilité sécuritairement jusqu’à Gaspé pour que le dossier prenne de l’importance à leurs yeux.
« Même si nous on voulait faire quelque chose localement, on ne peut pas sortir de la région. On ne peut pas avec des wagons d’ici et aller mener des gens à Montréal ou à Québec. On est condamné, justement, à s’entendre avec VIA, avec les paliers de gouvernement. », ajoute Éric Dubé, président de la Société de chemin de fer de la région.
Sauf qu’en ne montrant pas le désir immédiat de revenir dans la région, VIA doit faire face aux critiques et au scepticisme de sa future clientèle…
« En plus, VIA Rail fait beaucoup de publicité ces jours-ci avec un nouveau plan stratégique pour les cinq prochaines années. Ils parlent de servir tous les Canadiens… D’ouvrir de nouvelles routes et bla-bla-bla. Mais, la Gaspésie, c’est comme : non, on va attendre, on va attendre. », soupire madame Ste-Onge.
Durant les dernières années où le train passager était en fonction, autour de 2013, les griefs contre ce moyen de transport étaient nombreux : retards, délais, lenteur…
« Parce qu’il va falloir réhabituer les gens à reprendre le train. Oui, tout le monde le veut, mais la réalité c’est que, la journée qu’on va le mettre en service, un des grands enjeux… Si on n’a pas un transport fiable, on va revenir à ce que c’était. », lance monsieur Dubé.
Devant le manque d’enthousiasme de VIA Rail, relégués à l’autobus qui offre peu de souplesse, l’avion qui coûte cher ou leur voiture qui subit l’usure des longues distances, les Gaspésiens devront peut-être innover en matière de transport à faible coût…
« Si on était un peu avant-gardiste, on pourrait quasiment expérimenter une forme d’UBER coopératif… Où on aurait une plateforme où les gens pourraient offrir l’accès à du transport pour des gens qui n’ont pas les moyens, mais sans donner une côte démesurée à une entreprise étrangère ou une facturation qui n’a pas d’allure. », propose Sylvain Roy, ex-député de Bonaventure.
Les options de transport interrégional demeurent limitées pour les Gaspésiens et les Madelinots. Éloignés des grands centres, les citoyens de la région se sentent aussi éloignés de l’oreille des décideurs. Entre temps, l’automobile demeure reine des déplacements… En attendant mieux.