Loi 2: des médecins somment Catherine Blouin de réévaluer sa place au sein de la CAQ
Publié le 13 novembre 2025 à 11:15, modifié le 14 novembre 2025 à 13:26
Par: Patrick Giguère
Le mécontentement face à la loi 2, adoptée par le gouvernement Legault pour réformer la gestion du système de santé, continue de s’intensifier. Dans la circonscription de Bonaventure, un peu plus de 80 médecins de la région ont interpellé directement leur députée, qui est adjointe parlementaire du ministre de la Santé, pour dénoncer ce qu’ils qualifient d’«aberration» législative.
Le groupe demande également à Catherine Blouin de revoir la pertinence de demeurer au sein de son parti politique.
Selon les 82 médecins, la députée est « aux premières loges » pour constater « les effets délétères» de la loi 2 sur le système de santé québécois.
« Vous ne pouvez plus faire semblant de ne pas voir », écrivent-ils.
Les signataires demandent notamment à Mme Blouin si, selon elle, le gouvernement de François Legault a véritablement amélioré le système de santé et si la loi 2 représente, comme le prétend la CAQ, une avancée pour la population.
Ils souhaitent aussi savoir si la députée approuve les méthodes de dénonciation, de surveillance et de punition que la loi impose aux médecins.
« Croyez-vous qu’humilier et menacer soit une façon efficace de retenir les professionnels ? », poursuivent-ils, soulevant par le fait même le climat de méfiance grandissant entre le gouvernement et le corps médical.
Les cosignataires rappellent que les critiques à l’égard de la loi fusent de toutes parts : experts, associations, ordres professionnels et même le Conseil pour la protection des malades s’y opposent ouvertement.
La lettre se conclut sur un appel sans équivoque à la conscience politique de la députée :
« Si vous répondez oui à tout cela, alors poursuivez votre engagement au sein de votre parti. Continuez à défendre l’indéfendable. Mais si vous avez encore un minimum de lucidité, de courage et de respect pour votre rôle, alors levez-vous. Dénoncez cette absurdité. Et quittez les rangs d’un parti qui a choisi l’autoritarisme plutôt que le dialogue. »
Catherine Blouin réagit
Par courriel, la députée de Bonaventure et adjointe parlementaire au ministre de la Santé a indiqué avoir pris connaissance de la lettre et assure qu’elle entend les inquiétudes des signataires.
Elle se dit également sensible aux propos exprimés par la communauté médicale.
« Je sais que nos médecins offrent des soins de qualité à la population gaspésienne et je connais leur attachement profond autant à leur profession qu’à leurs patients. Nous partageons le même objectif, qui est d’améliorer l’accès aux soins pour les patients. Présentement, je crois que la chose à faire, c’est que les fédérations de médecins retournent à la table de négociation », indique Catherine Blouin.
Dubé promet de ne pas surveiller les médecins
« On s’engage à ne pas appliquer ces mesures », a affirmé le ministre de la Santé, Christian Dubé, précisant qu’il avait « écouté les médecins ». Les articles sur la surveillance restent inscrits dans la loi, et les praticiens devront se fier à la parole du ministre, qui assure que les décrets ne seront jamais appliqués.
Malgré cet engagement, la Fédération des médecins spécialistes du Québec (FMSQ) refuse de reprendre les discussions tant que la loi 2 n’est pas suspendue. Son président, Dr Vincent Oliva, déplore que le gouvernement « ne prenne toujours pas en compte la mobilisation historique des médecins et de nombreux citoyens contre les effets pervers de cette loi ».
Il s’agit du troisième recul du ministre de la Santé depuis le dépôt sous bâillon de sa loi spéciale visant à modifier le mode de rémunération des médecins.
Avec les informations de TVA Nouvelles