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Déraillement de train à Saint-Alexandre : un accident qui soulève des questions

Publié le 13 janvier 2026 à 18:09, modifié le 13 janvier 2026 à 18:09

Par: Charles Boisvert

Le déraillement du train de VIA Rail survenu dans la nuit de dimanche à lundi à Saint-Alexandre-de-Kamouraska continue de soulever des questions. Deux locomotives et quatre wagons ont percuté deux remorques poids lourds, stationnées trop près de la voie ferrée devant l’entreprise Aliments Asta.

Au lendemain du déraillement du train, des équipes s’affairent à réparer les rails. Le transport par train demeure donc suspendu dans le secteur. VIA Rail a décliné notre demande d’entrevue, mais indique que la liaison Montréal–Halifax devrait reprendre vendredi.

Selon Denis Allard, président du Fonds mondial du patrimoine ferroviaire, cet incident entraîne plusieurs conséquences.

« Ça perturbe la circulation des marchandises et le transport des personnes aussi », explique-t-il. « VIA Rail est obligé de prendre des autobus pour transporter les passagers, ce qui peut occasionner des délais ».

Des chauffeurs à rabais?

Mais plusieurs questions restent en suspens. L’un des camions, qui étaient mal stationnés, appartient à l’entreprise ontarienne The Harman Group, qui a été impliquée dans un accident mortel sur l’autoroute 30 à Brossard en juillet 2022.

Ce transporteur est soupçonné de faire appel à des chauffeurs à rabais, ou chauffeurs inc., ces camionneurs sous-formés et sous-payés qui opèrent dans des conditions difficiles.

Le président-directeur général de l’Association du camionnage du Québec, Marc Cadieux, s’inquiète de la situation.

« La sécurité et l’inexpérience de ces chauffeurs-là qui ont aussi reçu des formations de complaisance, de faux permis de conduire, de fausses expériences, donc c’est là aussi que la sécurité du grand public est en jeu ».

Est-ce que des chauffeurs inc. seraient impliqués dans l’accident à Saint-Alexandre? « Que des remorques et des camions aient été stationnés sur des rails, on voit un manque d’expérience. L’enquête révélera, il y a évidemment une présomption que cette compagnie-là fait usage », indique Marc Cadieux.

Un client d’Asta

Pour sa part, Aliments Asta assure collaborer pleinement à l’enquête des autorités. Sa directrice générale, Stéphanie Poitras, indique que les camionneurs ont été embauchés par des clients, donc Asta n’avait « aucun contrôle sur le choix du transporteur ».

« Qu’est-ce qui fait que le camion-remorque était collé comme ça sur la voie ferrée? Ça n’a pas de bon sens. Il y a quelqu’un qui manque de discernement dans ça », déplore Denis Allard.

La sécurité de la zone à proximité du chemin de fer soulève aussi des préoccupations. Denis Allard explique qu’« il serait censé y avoir, soit une clôture ou des blocs de ciment qui délimitent la propriété entre l’emprise ferroviaire et le terrain de la compagnie ».

Aliments Asta assure que, de son initiative, des blocs de béton seront prochainement installés pour sécuriser leur stationnement. L’entreprise s’attend aussi à des actions de la part du CN.

« Si seulement, au CN, on s’était occupé de maîtriser les clôtures ou l’espace qui appartient à la compagnie, on aurait pu éviter cet accident-là », pense Denis Allard.

Selon lui, les chauffeurs et l’entreprise de camionnage sont passibles d’accusations d’intrusion sur l’emprise ferroviaire.