Redécoupage de la carte électorale : Québec protégera la Gaspésie
Publié le 22 avril 2026 à 14:54, modifié le 24 avril 2026 à 15:47
Par: Pierre-Marie Nicolas
La Cour suprême a tranché. Québec ne peut pas bloquer le redécoupage de sa carte électorale. Les circonscriptions de Gaspé et de Bonaventure seront fusionnées, et la Gaspésie perdra un député. Mais le gouvernement n’entend pas s’avouer vaincu.
La fusion des deux comtés avait été proposée dès 2023, ceux-ci étant jugés trop peu peuplés par rapport à la moyenne provinciale. L’Assemblée nationale avait alors voté à l’unanimité pour bloquer le redécoupage, mais la Cour d’appel avait cassé cette loi. Québec avait porté l’affaire jusqu’en Cour suprême. En vain.
Québec ne peut pas bloquer le redécoupage de sa carte électorale. Les circonscriptions de Gaspé et de Bonaventure seront fusionnées, et la Gaspésie perdra un député.
Un seul élu pour un territoire immense
La nouvelle circonscription regroupera quatre MRC et 36 municipalités. La députée de Bonaventure, Catherine Blouin, ne cache pas sa déception : « C’est certain que je suis déçue de ça. On aurait préféré gagner. C’est pour ça qu’on a fait cette bataille-là. ». La nouvelle ministre de la Famille promet de travailler avec l’opposition et le ministre Roberge pour trouver une solution.
Le redécoupage entraîne aussi le rattachement de la MRC de La Haute-Gaspésie à Matane-Matapédia, l’isolant de la table des préfets de la Gaspésie. « Il faut ajouter à ça le fait que la MRC de la Haute-Gaspésie bascule vers le comté de Matane-Matapédia, la Métis. Ça fait en sorte qu’ils sont isolés des demandes qui sont faites de toute la table des préfets de la Gaspésie », précise Méganne Perry Mélançon, porte-parole nationale du Parti québécois.
Le préfet de la MRC d’Avignon et président de la Table des préfets de la Gaspésie, Mathieu Lapointe, partage cette préoccupation : « Ça n’a pas de bon sens de penser qu’une seule personne peut représenter un territoire aussi grand avec 36 municipalités, quatre MRC, autant de clubs sociaux, d’activités sur le territoire. »
Deux options, peu de temps
Les élus régionaux pressent le ministre Jean-François Roberge d’intervenir avant la fin de la session, le 12 juin. Deux pistes sont à l’étude : un statut particulier pour la Gaspésie, semblable à celui des Îles-de-la-Madeleine, ou la création de deux nouvelles circonscriptions.
Mathieu Lapointe est catégorique sur la voie à suivre. « Ce qu’on demande depuis le début, c’est que la Gaspésie ait un statut d’exception, qu’on reconnaisse les deux circonscriptions dans le territoire. Ça doit se passer à Québec. » — Mathieu Lapointe, préfet de la MRC d’Avignon
Ajouter des sièges : solution ou illusion ?
Québec solidaire penche pour une troisième voie : augmenter le nombre de sièges à l’Assemblée nationale. « C’est d’augmenter le nombre de sièges. Vous savez qu’il est au beau fixe depuis les années 80. (…) Et c’est le même nombre de sièges depuis ce temps-là, alors que la population a augmenté beaucoup depuis les années quatre-vingt », fait valoir Alexandre Leduc, porte-parole en matière d’institutions démocratiques.
La politologue Geneviève Tellier, de l’Université d’Ottawa, tempère cet enthousiasme. « Alors on rajoute des sièges, on garde la Gaspésie, bah ça veut dire que vous en avez d’autres qui vont être ajoutés ailleurs, sans doute dans des grands centres déjà fortement peuplés. Donc le déséquilibre ne va pas changer. »
L’unanimité, plus difficile qu’en 2023
Le défi reste entier. Depuis mars, le Parti conservateur du Québec siège à l’Assemblée nationale — et son chef Éric Duhaime s’était montré hostile à la réforme de 2023. Sa députée Maïté Blanchette Vézina devait rencontrer le ministre Roberge avant de se prononcer.
Le Parti libéral, lui, confirme par écrit se joindre à la volonté transpartisane de sauver la Gaspésie. Aucun porte-parole n’était disponible pour commenter.
Geneviève Tellier rappelle qu’une action rapide reste possible. « Ce n’est pas juste le gouvernement. C’est vraiment s’il y a unanimité à la Chambre. (…) Les parlementaires contrôlent le calendrier législatif. On peut toujours faire des changements au règlement puis aller plus rapidement. »
Méganne Perry Mélançon estime que Catherine Blouin, première élue gaspésienne au conseil des ministres depuis 2014, sera soumise à une pression particulière. « Je pense que la pression va être là quand même pour elle, de s’assurer que ce soit fait. »
Les parlementaires reprennent le travail le 5 mai. La nouvelle carte entre en vigueur le 15 juillet. Quelques semaines pour éviter que la Gaspésie ne perde une voix à l’Assemblée nationale.