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Carte électorale : la Gaspésie cherche son modèle madelinot

Publié le 27 avril 2026 à 17:02, modifié le 27 avril 2026 à 17:11

Par: Pierre-Marie Nicolas

Le redécoupage de la carte électorale continue de faire réagir. La députée conservatrice de Rimouski Maïté Blanchette Vézina s’oppose à l’ajout de nouveaux sièges à l’Assemblée nationale et réclame plutôt un statut d’exception pour protéger les comtés gaspésiens.

Le gouvernement Fréchette explore deux voies pour sauver les deux comtés gaspésiens. La première : inscrire dans la loi un statut d’exception permanent. La seconde : ajouter des sièges à l’Assemblée nationale, passant de 125 à 127 députés. C’est sur cette deuxième option que les conservateurs viennent de claquer la porte.

Maïté Blanchette Vézina a fixé le cap vendredi : un statut d’exception inscrit dans la loi, et rien d’autre. La conservatrice de Rimouski refuse l’ajout de sièges à l’Assemblée nationale et en fait une condition à tout consensus.

Dix ans de terrain et une réalité 

Sylvain Roy a représenté Bonaventure pendant dix ans avant de devenir maire d’Escuminac. Pour lui, la fusion des deux comtés révèle une méconnaissance profonde du travail réel d’un député en région éloignée.

« C’est d’avoir beaucoup de mépris pour le travail des députés. La grandeur du territoire, les enjeux, la diversité des enjeux, les tissus socio-économiques complètement différents s’imprégner de tout ça, c’est presque inhumain juste faire le territoire pour se promener. C’est une folie furieuse. »

La circonscription fusionnée couvrirait un territoire de près de 15 000 km², du bout de la péninsule jusqu’aux rives de la Baie-des-Chaleurs.

Le précédent madelinot et ses limites

Les Îles-de-la-Madeleine bénéficient déjà d’un statut d’exception inscrit dans la loi, leur nombre d’électeurs étant sous le seuil minimal prévu. En 2017, Gaspé et Bonaventure avaient obtenu un tel statut à titre temporaire. Ce que la Gaspésie réclame maintenant, c’est une protection permanente.

Mais accorder une exception à une région, c’est une décision qui touche à l’équilibre de toute la carte électorale. Le politologue Louis Massicotte, de l’Université Laval, rappelle que la Commission de la représentation électorale ne peut pas statuer en vase clos.

« La commission ne peut pas juste regarder le problème en focus exclusivement sur la région qui demande l’exception. Il faut garder l’effet que ça peut avoir sur les autres. (…) On a provoqué une contestation judiciaire — et ultimement victorieuse. »

La démographie, arbitre de fond

Même une protection permanente ne règle pas tout. La démographie, elle, continue d’évoluer  et pas en faveur de la Gaspésie.

« L’octroi à une circonscription du statut d’exception, c’est une décision prise sur le moment. Mais dix ans plus tard, il se peut qu’on voie les choses différemment. » selon le politologue.

« Dans la périphérie des Laurentides et dans le Centre-du-Québec, si ça continue à augmenter alors que la Gaspésie collectivement stagne ou même décline, on va se retrouver dans le même problème d’ici dix ans. »

Le projet de loi Roberge n’est pas encore déposé. La session parlementaire reprend le 5 mai. La nouvelle carte entre en vigueur le 14 juillet. Entre les deux : six semaines pour régler un dossier que deux cours ont déjà tranché contre Québec.