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Assistance médicale au Mexique: la famille d’une septuagénaire dénonce un rapatriement chaotique

Publié le 27 avril 2026 à 15:06, modifié le 29 avril 2026 à 11:19

Par: Patrick Giguère

La fille d’une dame décédée peu après son retour d’un voyage au Mexique, dénonce des services d’assistance qu’elle qualifie d’inadéquats et même dangereux de la part de son assureur. Alexandra Hébert-Dufour de Paspébiac évoque notamment des problèmes de coordination des soins et d’importantes lacunes dans la planification du rapatriement vers le Québec.

Les événements difficiles vécus par la famille Hébert-Dufour remontent au début du mois d’avril.

Johanne Hébert et son mari s’apprêtent alors à décoller du Mexique pour retourner à Montréal après un séjour de deux mois, comme chaque hiver.

« C’est la dernière journée. Elle est dans l’avion, tel que prévu. Elle ne va pas bien. Les hôtesses de l’air prennent sa saturation en oxygène et il était trop dangereux pour elle de continuer le vol », raconte leur fille.

La dame âgée est transportée par ambulance vers l’hôpital dans la nuit du 2 au 3 avril.

Sur place, le diagnostic tombe : une pneumonie sévère, ainsi que des signes de métastases aux poumons. Il s’agirait d’une récidive d’un cancer agressif du sein qu’elle avait combattu.

« Ma mère était vraiment en forme et en bonne santé, et tout le monde a été pris par surprise par la rapidité avec laquelle son état s’est détérioré », assure Mme Hébert-Dufour, qui a transmis à l’auteur de ces lignes un billet de l’oncologue de sa mère confirmant que celle-ci ne présentait aucune métastase quelques jours avant le grand départ.

Malgré plusieurs tentatives, le père d’Alexandra n’est pas en mesure de communiquer avec l’assureur depuis le Mexique.
La jeune femme de 34 ans, qui parle espagnol, prend alors le relais depuis sa résidence de Paspébiac.

« Mon père m’envoyait des photos de tous les documents que le médecin lui remettait. Il me les envoyait via Facebook Messenger, et je les transférais ensuite à l’équipe d’Xodus », se remémore la Gaspésienne.

Les proches de Mme Hébert apprennent trois jours plus tard que l’établissement de santé refuse de collaborer avec les assurances internationales.

« C’est mon père qui devait payer entre 2 000 et 2 500 dollars par jour pour l’hospitalisation de ma mère », déplore-t-elle.

« Il est certain que la famille va beaucoup s’appuyer sur l’assureur qui d’ailleurs vend son assurance sur la base de la tranquillité d’esprit. »

Me Jacqueline Bissonnette, avocate spécialisée en assurance, se dit étonnée par le déroulement des événements.

« Je trouve ça étonnant parce qu’ils n’ont pas plus d’informations. Cette absence de capacité d’échanger c’est à l’origine des problèmes qui sont survenus lorsqu’elle s’est présentée pour prendre l’avion », rapporte l’avocate.

Quelques jours plus tard, un rapatriement par avion commercial est envisagé, plutôt que médical, comme le réclamait la famille.

La situation évolue toutefois rapidement à l’arrivée d’un infirmier.

« Il est arrivé et était sous le choc. Il disait : “Voyons, ta mère ne reçoit pas les bons traitements, elle n’est pas traitée, elle ne peut pas prendre l’avion », raconte Alexandra.

« Il y a peut-être quelque chose ici qui s’est passé et qu’il faudrait approfondir », croit Me Bissonnette.

Les délais de traitement et les complications  ont eu un impact sur la santé de la femme, selon ses proches.

Mme Hébert sera finalement transférée dans un hôpital spécialisé de Mexico cinq jours plus tard, où l’on découvre une déshydratation sévère ainsi que des atteintes cérébrales.

« Si ma mère n’avait pas eu de cancer ou de métastases et qu’elle avait seulement eu une vilaine pneumonie, elle serait revenue avec des séquelles physiques ou mentales », fait savoir Alexandra Hébert-Dufour.

Après huit jours d’hospitalisation, Johanne Hébert est finalement rapatriée à Montréal le 10 avril.

Elle poussera son dernier souffle le lendemain.

Assurance Voyage CAA-Québec se défend en affirmant que ses interventions reposent sur les informations fournies par la famille et les médecins, et que le rapatriement constitue un processus complexe.

« Assurance voyage Orion et ses partenaires ont fait tout leur possible pour défendre sur place les intérêts de cette assurée tout au long du processus. Ils ont notamment communiqué clairement son problème de santé et ses besoins en matière de soins, vérifié les capacités de l’hôpital d’accueil et effectué un suivi rigoureux auprès des hôpitaux afin de déterminer la disponibilité d’un lit et le délai d’attente. Toutes ces démarches ont été mises en œuvre dès que la situation sur place a été connue», répond la directrice des communications corporatives chez Club CAA, Kaitlynn Furse.

« Les circonstances suscitent, je vous dirais, beaucoup de questionnements de ce côté-là, mais d’un autre côté, il faut quand même dire que les obligations primaires ont été respectées », rappelle Me Bissonnette.

« On est à Mexico City. On n’est pas dans un petit village où il n’y a pas d’autres hôpitaux ni d’autres options. Il y a des hôpitaux qui sont presque dix ans plus avancés qu’au Québec. Encore une fois, je ne comprends pas pourquoi cela n’a pas été fait au départ », dit Alexandra Hébert-Dufour.

La famille n’exclut pas de porter plainte auprès de l’Autorité des marchés financiers et d’entreprendre d’autres recours pour obtenir réparation.

« C’était une situation d’urgence et ils n’ont pas assisté. Il a fallu que je fasse tout », termine Mme Hébert-Dufour.