Forêt publique : l’industrie forestière jette de l’huile sur le feu
Publié le 13 avril 2026 à 06:00, modifié le 13 avril 2026 à 17:57
Par: Charles Boisvert
Le conflit prend de l’ampleur concernant le partage des terres publiques au Bas-Saint-Laurent. Dans les derniers mois, les acériculteurs ont réclamé davantage d’hectares. C’était au tour aujourd’hui des acteurs de l’industrie forestière de partager leurs inquiétudes.
Des industriels du bois souhaitent atteindre un équilibre entre les usages forestiers et acéricoles de la forêt publique. Mais, cette sortie ne plaît pas du tout aux acériculteurs.
« C’est sûr et certain que si le développement de l’acériculture continue au même rythme, dans quelques années, c’est nous qui serons plus capables de suivre », explique Sébastien Bérubé, directeur général de Bégin & Bégin.
C’est le message véhiculé par six acteurs de l’industrie forestière du Bas-Saint-Laurent, dont Bégin & Bégin, Cascades, Charbon de bois franc Basques et le Groupement forestier du Témiscouata. Ils craignent que des difficultés d’approvisionnement en feuillus pourraient ultimement mener à la fermeture d’usines, ce qui représenterait un coup dur sur l’économie régionale.
« Moins il y a de bois qui rentre dans une usine, à un moment donné, il pourrait avoir des emplois qui pourraient être menacés. Éventuellement, si on a atteint un seuil où il n’y a plus suffisamment de bois, il y a peut-être des lignes de production qui vont fermer », indique Luc Lavoie, conseiller stratégique à la Fédération des groupements forestiers du Bas-Saint-Laurent.
« Chaque nouvelle parcelle réservée à l’acériculture réduit directement l’approvisionnement en bois, mettant sous pression l’industrie forestière », est-il écrit dans un communiqué conjoint envoyé par les six acteurs.
Trouver l’équilibre
Le directeur général de Bégin & Bégin ne demande pas au gouvernement de choisir entre foresterie et acériculture, il veut simplement un partage équitable des terres.
« L’équilibre est pas mal atteint. On aimerait qu’au niveau régional, une position soit prise pour dire qu’on a besoin de ces deux industries-là », mentionne Sébastien Bérubé.
La scierie de Saint-Juste-du-Lac prévoit investir 5 millions de dollars pour moderniser ses installations dans la prochaine année. Mais devant une incertitude reliée aux approvisionnements, les investisseurs pourraient se retirer.
« Si le développement d’un vient menacer la survie de l’autre, je pense qu’on dépasse un seuil qui n’est pas acceptable », explique Luc Lavoie.
« Mettre fin à tout jamais au développement acéricole »
Cette sortie du milieu forestier a mis le feu aux poudres chez les acériculteurs.
« Les demandes de l’industrie forestière, c’est de mettre fin à tout jamais au développement acéricole au Bas-Saint-Laurent. C’est ça la demande qu’ils font présentement », affirme Justin Plourde, président Producteurs et productrices acéricoles Bas-Saint-Laurent–Gaspésie.
Précisant qu’il n’est pas contre le partage des terres, Justin Plourde ne compte pas baisser les bras concernant les mille hectares supplémentaires réclamés, même si selon ses dires, les deux parties ne jouent pas à forces égales.
« On voit que ce gouvernement-là prend la partie de l’industrie forestière. Il n’en a rien à faire de l’industrie acéricole, c’est carrément ça », déplore-t-il, ajoutant qu’il a été déçu de voir que le ministre des Ressources naturelles et des Forêts, Jean-François Simard, n’a pas visité de producteur acéricole au cours de son passage dans la région la semaine dernière.
Selon le président des Producteurs et productrices acéricoles du Bas-Saint-Laurent, seulement 5 % du million d’hectares de forêt publique dans la région est à potentiel acéricole. L’équilibre souhaité ne serait pas équitable.
« Ce qu’on dit, c’est que le 5 % qu’on a qu’on peut développer, l’industrie forestière en veut la moitié de ce pourcentage-là, malgré qu’elle détient 95 % des droits sur tout le reste de la forêt publique », explique Justin Plourde. « Le moteur économique du Bas-Saint-Laurent aujourd’hui, je m’excuse, mais ce n’est plus l’industrie forestière, mais c’est l’industrie acéricole. Et il faut être capable de concilier les deux ».
Continuer de négocier
Selon celui qui possède son érablière à Saint-Eusèbe, des acteurs de l’industrie régionale des feuillus aurait quitté unilatéralement un comité de travail portant sur les développements forestiers et acéricoles.
De plus, le moment choisi par le milieu forestier pour sa sortie publique, en pleine saison des sucres, le fait sourciller. « Ils savent qu’on est dans nos cabanes et qu’on est occupés et qu’on est en pleine saison », indique-t-il.
Les forestiers proposent la mise en place d’Aires d’intensification de la production ligneuse (AIPL), mais Justin Plourde indique qu’elles ne livrent pas la marchandise en termes de productivité.
Les deux parties s’entendent pour dire qu’elles devront continuer de collaborer à la Table de gestion intégrée des ressources et du territoire et négocier, comme ce fut le cas dans les trente dernières années.