Bureaux de protection de la faune menacés : la Gaspésie et la Matapédia montent au front
Publié le 29 avril 2026 à 17:24, modifié le 30 avril 2026 à 10:53
Par: Pierre-Marie Nicolas
Deux rassemblements, une même journée, un même message. Des élus, un syndicat et des citoyens de la Gaspésie et de la Matapédia réclament que Québec renonce à fermer ses bureaux de protection de la faune dans la région.
La journée a commencé à Causapscal et s’est terminée à Chandler : deux bureaux menacés, et un vide qui se dessine sur un territoire reconnu pour la chasse à l’orignal et la pêche au saumon. Sur le terrain, chasseurs et pêcheurs ne comprennent pas la décision de Québec.
« Je ne peux pas croire qu’ils vont fermer le bureau de Causapscal. Il y a tellement de travail à faire ici, vous n’avez pas d’idée. » — Michel Brouillette, agent de protection de la faune au bureau de Causapscal pendant 35 ans
Ce que cache la forêt quand personne ne surveille, cet ancien agent le sait mieux que quiconque et ce que ça implique quand personne ne s’en occupe.
« Le monde n’a pas d’idée de tout ce qui se passe dans le bois. J’ai déjà saisi des 150 truites de trop. Si tu ne t’occupes pas, c’est quoi qui va arriver ? » — Michel Brouillette
Le bail du bureau de Causapscal prend fin en février 2027. La réponse de Québec se fait attendre depuis plusieurs mois. La MRC de la Matapédia avait adopté une résolution contre la fermeture dès novembre 2025. Accusé de réception reçu et aucune nouvelle depuis.
Même colère à Chandler
Après la mobilisation de Causapscal, le député de Matane-Matapédia Pascal Bérubé et le président du Syndicat des agents de protection de la faune du Québec Martin Perreault ont pris la direction de Chandler, où une centaine de citoyens et d’élus s’étaient rassemblés devant le bureau menacé de fermeture pour juillet 2026.
La fermeture des bureaux de Causapscal et de Chandler forcerait un regroupement des activités vers Rimouski ou Gaspé. Pour les agents restants, cela signifie des distances considérables à couvrir sur un territoire déjà vaste — et une présence sur le terrain inévitablement réduite.
La veille du rassemblement, la députée de Bonaventure Catherine Blouin évoquait une piste de solution pour Chandler sur son compte Facebook — sans qu’aucune entente ne soit encore officiellement signée : le bail serait renouvelé pour un an, et la gestion des agents passerait du ministère de l’Environnement vers celui de la Sécurité intérieure.
Pascal Bérubé accueille la nouvelle avec scepticisme. Pour lui, une piste de solution pour Chandler ne règle pas Causapscal. Il réclame un engagement de cinq ans pour démontrer le sérieux de l’implantation à long terme. Le député péquiste lit dans l’annonce de la veille une démarche purement électorale.
Une contradiction que le syndicat pointe
Martin Perreault, président du Syndicat des agents de protection de la faune du Québec, soulève une incohérence difficile à défendre : les trois dernières grandes opérations provinciales Panache 1, Panache 2 et Opération Point de mire ont toutes été menées en Gaspésie et au Bas-Saint-Laurent.
Il a aussi la mémoire longue. En février et mars derniers, des sorties médiatiques similaires avaient arraché des garanties de maintien. Des garanties qui n’ont visiblement pas tenu. Rien ne dit, selon lui, que 2027 ne rejouera pas le même film.
Le bureau de Chandler, à lui seul, concentre 45 % des signalements d’infractions de toute la Gaspésie.
La région ne lâche pas. Une pétition sera bientôt disponible sur le site de l’Assemblée nationale.