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Rachat d’armes à feu : Saint-Alphonse et Saint-Elzéar se dressent contre le fédéral

Publié le 11 mars 2026 à 13:06, modifié le 11 mars 2026 à 16:56

Par: Pierre-Marie Nicolas

Les municipalités de Saint-Alphonse et de Saint-Elzéar, dans la Baie-des-Chaleurs, s’opposent au programme fédéral de rachat d’armes à feu. Les conseils municipaux ont adopté chacun une résolution lundi soir.

Dans sa résolution, Saint-Alphonse a pris en considération 15 points pour justifier sa décision, notamment : des compensations financières jugées insuffisantes, le fait que les armes visées par la prohibition sont utilisées pour la chasse ou le tir sportif et non requises par les Forces armées canadiennes, et que les détenteurs légaux sont déjà soumis à un régime strict.

La municipalité demande également à la Sûreté du Québec de ne pas appliquer sur son territoire les mesures de prohibition et de rachat obligatoire prévues par le gouvernement fédéral dans l’éventualité où le programme ne serait pas abrogé.

« Ça a été demandé par des gens, des chasseurs de notre communauté, de passer cette résolution. Il y a beaucoup de considérants. C’est le fédéral qui impose cette loi, et nous, nous sommes contre », indique Josiane Appleby, mairesse de Saint-Alphonse-de-Caplan.

Elle va d’ailleurs plus loin en demandant formellement à la Sûreté du Québec (SQ) de ne pas appliquer les mesures découlant de ce programme sur son territoire.

Au Club de tir de la Baie-des-Chaleurs à New Carlisle, le scepticisme est tout aussi marqué. François Bouchard, président du club, remet en question la gestion financière du projet et son impact réel sur la sécurité publique.

Selon lui, certains rapports indiquent des coûts de gestion faramineux : « Déjà, des tests ont été faits au Canada et on en serait rendus à 24 000 $ par arme [en frais administratifs et d’indemnisation]. Au niveau de la violence, je pense que ça ne changera rien », déplore-t-il.

Plus de 2 500 modèles d’armes à feu sont interdits par le gouvernement du Canada.

Le programme interdit plus de 2 500 modèles d’armes à feu au pays, avec une enveloppe budgétaire initiale prévue de 700 millions de dollars. Or, pour Sophie Béland, directrice québécoise de la Coalition canadienne pour les droits aux armes à feu, le gouvernement fait fausse route dans son identification des armes visées.

« On n’indemnise pas correctement les propriétaires. Plusieurs possèdent des armes sans même savoir qu’elles sont désormais prohibées. On parle ici d’armes de chasse, des armes à verrou, et non seulement d’armes semi-automatiques noires avec chargeurs détachables », explique-t-elle.

Ce point de vue est toutefois vivement contesté par Heidi Rathjen, coordonnatrice de PolySeSouvient. Selon cette survivante de la tragédie de la Polytechnique, le lobby des armes tente d’instrumentaliser les chasseurs pour protéger des armes d’assaut qui n’ont pas leur place en société.

« Le lobby des armes a besoin des chasseurs, car c’est le groupe de propriétaires le plus crédible. Mais ceux qui tiennent aux armes d’assaut sont une minorité idéologique qui utilise la crédibilité des chasseurs pour faire leur travail politique », soutient Mme Rathjen.

Malgré la grogne, le processus suit son cours. Le Québec est actuellement la seule province à collaborer activement avec le fédéral pour la mise en œuvre du programme.