Hébergement des travailleurs étrangers: des mesures « démesurées » , selon des producteurs agricoles
Publié le 2 février 2026 à 19:43, modifié le 3 février 2026 à 09:04
Par: Patrick Giguère
Les nouvelles règles que souhaite mettre en place le gouvernement du Québec pour mieux encadrer l’hébergement et la sécurité des travailleurs étrangers sont loin de satisfaire les entreprises agricoles de la Gaspésie. Elles dénoncent un manque de communication et de financement, ainsi que certaines mesures qu’elles jugent démesurées.
C’est notamment le cas d’un producteur de fraises de la Baie-des-Chaleurs. Le copropriétaire de la Ferme Bourdages voit mal comment il pourra se conformer aux nouvelles exigences si le financement ne suit pas.
Selon lui, les ajustements exigeraient des investissements de plusieurs centaines de milliers de dollars, sans réelle valeur ajoutée. Il plaide pour un statu quo.
« Pour l’instant, moi, je n’ai pas l’intention d’investir quoi que ce soit pour améliorer les installations. Ça prend du financement pour ça », plaide Pierre Bourdages.
Le projet de règlement a été publié à la mi-janvier dans la Gazette officielle du Québec.
« Il y a déjà des règlements fédéraux, des inspections, il y a des suivis qui sont faits par du monde. Un moment donné, ça n’a pas d’allure », lâche Sylvain Arbour, le président de l’Union des producteurs agricoles de la Gaspésie et des Îles-de-la-Madeleine.
Plusieurs producteurs jugent certaines exigences excessives, même s’ils disent vouloir améliorer les conditions.
« Je trouve que c’est abusif. On n’est pas contre la vertu, on veut toujours s’améliorer, mais il faut nous donner les outils pour le faire », dit M. Bourdages.
Dans sa forme actuelle, Québec veut interdire les lits superposés et limiter à deux le nombre de travailleurs par chambre. Les installations sanitaires complètes devraient aussi être accessibles la nuit sans avoir à sortir à l’extérieur de l’hébergement.
À la Ferme Bourdages, 45 travailleurs étrangers peuvent actuellement être logés dans des roulottes de chantier — un nombre qui serait réduit de moitié si le projet est adopté tel quel.
« Peut-être qu’on devra changer notre volume de production, l’adapter. Parce que des investissements supplémentaires, ça va être difficile à financer. »
L’analyse du projet de règlement sur les conditions d’hébergement des travailleurs démontre que les coûts globaux pour les entreprises visées sont de l’ordre de 61 200 000 $ pour l’année d’implantation et de 18 800 000 $ par année en récurrence.
À long terme, les entreprises bénéficieront des investissements consentis en matière de prévention, qui se traduiront par l’atteinte de normes minimales d’hygiène et de sécurité des lieux d’hébergement des travailleurs.
Le règlement exigerait aussi que les bâtiments soient situés à au moins 30 mètres de toute source de contaminants — comme la poussière, les odeurs, les vibrations ou les bruits élevés — ainsi que des voies de circulation de véhicules lourds, ce que plusieurs agriculteurs jugent irréaliste.
« Transports lourds, ça veut dire quoi? Pas de tracteur autour des bâtiments? Pas de poussière? Pour une ferme, va-t-il falloir mettre de l’asphalte partout dans les cours? », demande sur un ton ironique M. Arbour.
« Pourquoi nous exiger ça, à nous les entreprises agricoles, alors que ce n’est pas exigé partout? C’est trop, présentement », admet Pierre Bourdages.
Du côté de chez E. Gagnon et Fils et les Pêcheries Marinard, la plupart des exigences seraient déjà respectées. Seules des chambres supplémentaires seraient nécessaires pour accueillir tous les travailleurs.
« Des fois, quand les quotas baissent, comme l’an passé, on a besoin de moins de travailleurs. Après ça, il y a toujours les équipements — l’automatisation et la robotisation — qui pourraient nous permettre de réduire les besoins », indique le copropriétaire et vice-président, Bill Sheehan.
L’Union des producteurs agricoles de la Gaspésie–Les-Îles-de-la-Madeleine prévoit déposer un mémoire.
« Il faut que ça soit logique. Un moment donné, quand c’est illogique, il faut le dire — et c’est ce qu’on va faire », promet Sylvain Arbour.
Les entreprises concernées auraient de trois à quatre ans pour se conformer aux nouvelles exigences.