Forêt publique : les acériculteurs du Bas-Saint-Laurent se sentent trahis
Publié le 21 novembre 2025 à 16:50, modifié le 21 novembre 2025 à 16:50
Par: Charles Boisvert
Les producteurs acéricoles du Bas-Saint-Laurent se sentent trahis. Ils dénoncent que le ministère des Ressources naturelles et des Forêts (MNRF) ne respecte pas ses engagements concernant les nouveaux hectares accordés aux érablières en forêt publique.
Une centaine d’acériculteurs ont manifesté ce matin devant le bureau de la députée-ministre Amélie Dionne. Ils sont en colère et craignent maintenant que le développement des érablières soit affecté.
Armés de pancartes, de slogans et de barils de sirop, les acériculteurs ont exprimé leur grogne contre le gouvernement.
« Les gens sont vraiment frustrés, sont vraiment choqués. Ils se sentent vraiment trahis », indique Justin Plourde, président des Producteurs et productrices acéricoles du Bas-Saint-Laurent–Gaspésie.
Une trahison, parce qu’une entente avec le MNRF devait permettre l’exploitation de 2 000 hectares de forêt publique par les acériculteurs de la région. Finalement, ce seront plutôt 1 000 hectares. Les manifestants demandent que le ministre Jean-François Simard respecte sa promesse.
« On demande des superficies pour se développer. On ne demande pas de subventions. On ne demande pas d’argent. On veut simplement une place pour se développer », mentionne Luc Goulet, président des Producteurs et productrices acéricoles du Québec.
Le ministère justifie ce changement par des attestations de permis non utilisées.
« Ce qui n’est pas n’a pas été utilisé à 100 % par le producteur, [le MRNF] va l’enlever des superficies qu’on vous a offert. Ces superficies-là, on les a déjà, donc on n’acceptera jamais que cette méthode-là de calcul s’applique », explique Justin Plourde.
L’industrie acéricole, « une roche dans le soulier » du ministère?
Les acériculteurs bas-laurentiens exigent maintenant une rencontre urgente avec la députée-ministre Amélie Dionne pour qu’elle puisse défendre leurs intérêts. Celle-ci renvoie toutefois la balle au ministre Simard.
« J’entends leurs préoccupations. Ce que le ministre Simard souhaitait faire c’était vraiment d’avoir un équilibre entre l’industrie forestière et l’industrie acéricole. Maintenant, je sais qu’il y a des pourparlers présentement avec mon collègue, donc je n’émettrai pas plus de commentaires », indique-t-elle.
Les manifestants ont même laissé un « cadeau », s’il en est un, à Amélie Dionne, pour démontrer la précarité de la production de sirop d’érable. Il s’agit d’une boîte dans laquelle se trouve trois cannes de sirop remplies de sciures de bois avec un message indiquant « savourez bien, parce que le sirop d’érable pourrait être en rupture de stock à moyen terme au Bas-Saint-Laurent ». Un bras de fer se dessine désormais entre les acériculteurs et l’industrie forestière.
« L’acériculture, on est comme un peu une roche dans le soulier du ministère dans la région. L’industrie forestière, c’est une chose. Ce n’est pas nous autres les responsables de la problématique de l’industrie forestière », soutient Luc Goulet.
« Il faut être capable de faire une place plus grande à une industrie comme l’acériculture qui est en émergence », ajoute Justin Plourde.
Développement des entreprises acéricoles compromis
Pour les entrepreneurs, surtout ceux de la relève, l’inquiétude grandit. Une dizaine de projets et plus de 20 millions d’investissements seraient compromis.
« C’est de leur dire, “oui, vous allez faire ce travail-là, si vous achetez des érablières et tout ça. Mais vous n’allez jamais pouvoir évoluer. Vous n’allez jamais pouvoir grandir dans vos érablières” », mentionne Wesley Levasseur, propriétaire d’érablière.
« Il n’y aura pas de fermeture d’érablière. Tu veux avoir une croissance de ton entreprise. Ce qu’on vient de dire à ces gens-là, c’est “votre croissance est terminée. C’est fini. Prenez ce que vous avez et gardez ça”. C’est inacceptable », poursuit Justin Plourde.
Au Bas-Saint-Laurent, l’industrie acéricole représente 715 entreprises et 144 millions de dollars en retombées économiques. La députée indépendante de Rimouski et ex-ministre responsable de la Forêt, Maïté Blanchette-Vézina, appuie les producteurs acéricoles et déplore le recul du gouvernement.
« On le voit, c’est la vitalité de nos économies de nos villages », affirme Luc Goulet.
« Les producteurs acéricoles du Bas-Saint-Laurent ne se laisseront pas marcher sur les pieds. Ils ne plieront pas. Ils ne baisseront pas la tête, ils vont maintenir le cap et ils vont exiger rien de moins que ce qui nous avait été promis. C’est 2000 hectares de nouvelle superficie », conclut Justin Plourde.