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Harcèlement psychologique : un employé de Cascades Cabano gagne sa bataille

Publié le 14 septembre 2023 à 17:34, modifié le 15 septembre 2023 à 10:13

Par: Catherine Pellerin

Un employé de Cascades Cabano a remporté une importante bataille juridique. L’entreprise a été reconnue coupable de harcèlement psychologique par le Tribunal administratif du Travail. Le dossier était devant les tribunaux depuis plus de 2 ans.

 

« Le juge leur rentre dedans, c’est solide, je n’ai aucun blâme. Tous les blâmes sont sur Cascades », lance Carl Belzile, qui travaille maintenant depuis 25 ans dans cette usine, où les employés ne sont pas syndiqués.

En septembre 2020, il avait été élu comme représentant de son département, pour discuter avec l’employeur. En février 2021, des négociations étaient en cours et le climat était tendu. Après avoir rencontré les hommes de service pour parler de leurs conditions de travail, il a été suspendu, le temps de procéder à une enquête disciplinaire.

« Moi, la direction ne me fait pas peur, j’étais capable de tenir mon bout. Mais ça leur a fait peur et ils ont voulu faire un exemple avec moi », raconte l’homme.

Quelques semaines plus tard, il a reçu une lettre l’informant qu’il est suspendu 14 jours sans solde. L’employeur affirme notamment qu’il aurait intimidé, manqué de respect et fait pression sur les autres travailleurs.

« Il n’y a rien de vrai là-dedans, mais j’essaie de comprendre pourquoi ils font ça, après 23 ans d’ancienneté. Pourquoi? »

Carl Belzile considère que sa dignité et son intégrité ont été attaquées. Il ne dormait plus, il était en colère et avait des idées noires. Son médecin lui a diagnostiqué une dépression.

« Le seul moyen que j’avais de les blesser à mon tour, c’était de me suicider avec une lettre dans mes poches, pour vraiment raconter que c’est à cause d’eux autres, parce qu’ils ont fait ça. »

David contre Goliath

Supporté par ses proches, il s’est relevé et a décidé de se battre en portant plainte au Tribunal administratif du travail, pour une question de principe.

« Ça m’a coûté 200 000$ en bout de ligne pour être capable de les suivre, parce qu’eux, ils en ont de l’argent»

« Ils ont déployé des moyens énormes pour essayer de l’écraser, monsieur Belzile. Ils n’ont pas réussi », ajoute son avocat, Me Frédéric St-Jean.

Le juge lui a finalement donné raison. « Les motifs au soutien de la suspension du 2 mars 2021 ne tiennent pas la route. Le 18 février, le Demandeur n’a intimidé personne. Il n’a pas manqué de respect à l’endroit d’un collègue de travail, et il n’a pas posé un geste d’insubordination », peut-on lire dans le document.

« Le seul « reproche » qui puisse tenir est celui d’avoir tenté d’influencer le vote. Or, dans un contexte syndiqué, une sanction basée sur un tel motif est considérée comme une mesure de représailles en raison de l’exercice d’un droit prévu au Code, possiblement comme une entrave aux activités d’une association accréditée, des fautes sérieuses » – Extrait du jugement

« Le Demandeur est injustement traité d’intimidateur, d’irrespectueux et de menteur. Une telle conduite est vexatoire et porte atteinte à la dignité et l’intégrité psychologique de celui-ci », conclut le juge.

Selon l’avocat de Carl Belzile, cette décision pourrait faire jurisprudence.

« C’est incroyable tous les reproches qu’on lui mettait sur les épaules, des reproches injustifiés. Moi, en 30 ans de pratique, je n’ai jamais vu ça. »

De retour en poste à l’usine depuis avril dernier, le travailleur a déposé une 2e plainte pour harcèlement psychologique.

« Le harcèlement psychologique s’est poursuivi par la suite, après le printemps 2021, et c’est hallucinant comment il a été pris en grippe par la direction », explique Me St-Jean.

Carl Belzile souhaite aussi récupérer le salaire qu’il a perdu, se faire rembourser ses frais d’avocat et obtenir une compensation pour l’injustice qu’il a vécue.

Réaction de Cascades

Cascades a refusé de commenter le dossier à la caméra, mais assure que les relations de travail sont bonnes dans l’usine. Le responsable des communications mentionne même que le taux de rétention des employés est de 95%.

L’entreprise n’a pas encore décidé si elle ira en appel ou non de cette décision.