Procès Doiron : deux témoins et un contre-interrogatoire dès la première journée
Publié le 9 juin 2026 à 07:30, modifié le 9 juin 2026 à 08:54
Par: Pierre-Marie Nicolas
Lundi matin à Percé, la Couronne a joué ses cartes d’entrée de jeu. Les deux seuls témoins qu’elle prévoit appeler ont tous deux été entendus lors de la première journée du procès de l’ex-porte-parole de la SQ Claude Doiron.
La Couronne n’a appelé que deux témoins. Dès la première journée, les deux passent à la barre.
Une agente d’infiltration de la division des enquêtes à la cybercriminalité de la SQ témoigne en premier. Elle raconte comment, au printemps 2023, elle a pris le contrôle du profil Messenger de la plaignante pour entrer en contact avec l’accusé. En contre-interrogatoire, l’agente admet que ses échanges virtuels avec Doiron n’ont pas permis d’obtenir d’aveux sur les faits allégués.
Le deuxième témoin est la plaignante elle-même. Son identité est protégée par une ordonnance de non-publication. Elle témoigne sur les gestes qu’elle aurait subis en 1988, à Cloridorme, alors qu’elle avait 12 ans. Son interrogatoire principal est complété lundi. Le contre-interrogatoire de la défense se poursuit mardi.
Le procureur aux poursuites criminelles et pénales, Me Louis-Philippe Desjardins, assume sa stratégie.
« On présente la preuve qui est pertinente. Pour démontrer les infractions. Évidemment on parle d’événements qui sont survenus en 1988. Ça fait 38 ans, on y va avec l’essentiel qui est pertinent. Du côté de la poursuite, on a considéré qu’il y avait deux témoins qui étaient nécessaires pour se décharger de notre fardeau. »
Il reconnaît que le temps écoulé pose un défi.
« L’écoulement du temps peut avoir un effet sur la fiabilité de certains témoignages. Mais ce n’est pas un élément qui fait de facto que la preuve soit impossible à faire. »
La mémoire au cœur du débat
La défense, menée par Me Jean-François Boucher, prévoit faire entendre sept témoins. Son angle attendu : la fiabilité de souvenirs d’enfance, ceux d’une fillette de 12 ans, près de quarante ans plus tard.
C’est sûr que la défense va probablement tenter d’aller vers la fiabilité et la crédibilité. », Me Louis-Philippe Desjardins
Le dossier
Les gestes reprochés se seraient produits entre le 1er mai et le 30 septembre 1988, à Cloridorme, selon la Couronne. Au moment des faits, Claude Doiron aurait eu 25 ans et ne faisait pas partie de la Sûreté du Québec. Il n’entrera dans un corps de police que quelques années après.
35 ans plus tard, il sera arrêté à la suite d’une enquête de la Direction des affaires internes de la SQ. Le corps policier le suspendra à demi-solde dès le lendemain, en juin 2023, à quelques jours de sa retraite.
Entre les deux, il aura été le visage médiatique de la SQ pendant plus de dix ans dans l’Est-du-Québec. Depuis 2012, il s’adressait aux médias au nom du corps policier pour les régions de la Gaspésie et du Bas-Saint-Laurent.
Le dossier aura traversé trois ans de procédures. Une enquête préliminaire s’est tenue en avril 2024. La présumée victime était le seul témoin entendu. Des requêtes préliminaires ont été ensuite entendues à huis clos à l’automne 2025, dont les décisions sont frappées d’une ordonnance de non-publication. Claude Doiron n’a jamais été détenu durant cette période.
Le procès se déroule devant juge seul. C’est le juge Pierre Lortie de la Cour du Québec qui présidera le procès. Deux semaines d’audiences sont prévues à Percé. Le verdict est attendu en octobre.